Greenland, NATO and Trump’s sudden pivot in the Arctic (Full Transcript)

A France 24 discussion on Trump’s Greenland about-face, NATO’s role, the 1951 treaty, Arctic security vs Russia/China, and minerals and sovereignty risks.
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[00:00:00] Speaker 1: ... Bonjour. Il aura fait vivre une nouvelle semaine de cauchemars aux Européens. La pire peut-être depuis son retour à la Maison Blanche il y a tout juste un an. Donald Trump a martelé sur tous les tons son intention d'annexer le Groenland avant subitement de changer d'avis. Plus question d'un recours à la force ou au dollar. Washington envisage désormais un accord via l'OTAN. Est-ce vraiment la fin de l'histoire et pourquoi en est-on arrivé à un tel psychodrame ? Vous nous donnerez votre point de vue d'ancien directeur du Centre des hautes études militaires, vice-amiral Michel Lagaraille. Mais avant cela, revenons en image à la journée qui a tout fait basculer. C'était mercredi à Davos dans les Alpes-Suisses. La station qui accueille chaque année la fine fleur des politiques et des chefs d'entreprise avec en invité vedette cette fois Donald Trump venu dire tout le mal que lui inspirent les Européens. Lou Kizilla.

[00:01:01] Speaker 2: En quelques heures, Donald Trump a fait volte-face. Mercredi après-midi, le président américain dit à nouveau vouloir acquérir le Groenland. Mais dans la soirée, après une rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte, changement de ton radical, il annonce un futur accord.

[00:01:19] Speaker 3: C'est un accord que les gens ont accepté sans hésiter. C'est vraiment fantastique pour les Etats-Unis. Nous obtenons tout ce que nous voulons, notamment une véritable sécurité nationale et internationale.

[00:01:31] Speaker 2: Il inclut toujours que les Etats-Unis prennent possession du Groenland comme vous le souhaitiez ?

[00:01:38] Speaker 3: C'est un accord à long terme. C'est l'accord à long terme ultime. Et je pense qu'il place tout le monde dans une très bonne position, en particulier en ce qui concerne la sécurité, les minéraux et tout le reste.

[00:01:51] Speaker 2: D'après CNN, ce futur accord prévoit de renégocier le traité de 1951, qui donne pourtant une très grande marge de manœuvre à l'armée américaine au Groenland. Pour le secrétaire général de l'OTAN, remettre en cause la souveraineté danoise sur le Groenland n'est en tout cas plus au programme du président américain.

[00:02:11] Speaker 4: Cette question n'a pas été abordée lors de mes discussions avec le président ce soir. Il se concentre sur ce que nous devons faire pour protéger cette immense région arctique, où des changements sont en cours, où les Chinois et les Russes sont de plus en plus actifs. C'était vraiment le sujet principal de nos discussions.

[00:02:30] Speaker 1: Amiral Ollaguer, n'est-ce pas là le revirement de trop ? Est-ce que Donald Trump, sur ce énième changement de pied, n'a pas perdu ce qu'il lui restait encore de partisans, ici même en Europe, à savoir pour l'essentiel les souverainistes ?

[00:02:44] Speaker 5: Vous savez, revirement de trop, je pense qu'il ne faut pas s'avancer. Parce qu'avec Trump, il y aura encore de multiples revirements, de multiples assauts. Et il continuera de déstabiliser à peu près toutes les forces, y compris ceux qui le soutenaient, que parfois il déçoit d'ailleurs. Donc revirement, non. Simplement, il faut voir que Trump avance sur plusieurs fronts à la fois. Et que lorsque un front s'épuise ou il subit un léger revers, il se lance sur un autre front. Donc il noie le poisson d'une façon assez extravagante, ce qui nous sidère tous. Néanmoins, c'est le chef de la plus grande puissance économique et mondiale. Et tout le monde est obligé de l'équiper, comme à Davos, où il a fait une OPA sur cet événement.

[00:03:23] Speaker 1: Il y a néanmoins un problème de crédibilité, désormais, aux yeux de nos adversaires. Peut-on aller jusqu'à se menacer entre alliés, sur des enjeux aussi essentiels que la souveraineté territoriale, pour finalement faire volte-face ?

[00:03:34] Speaker 5: Alors je crois qu'effectivement, le grand problème des Américains, des États-Unis plutôt maintenant, c'est un problème de crédibilité. Parce que d'un revers de main, Trump balaie toutes les conventions, tous les accords. Quelle crédibilité pouvons-nous avoir envers un pays qui était notre allié, qui nous soutenait face à une Russie qui reprend peut-être un peu l'ambition de l'ancienne URSS ? Nous nous tournons donc pour nous défendre vers l'Est. Et brutalement, de l'Ouest nous vient une menace qui, d'une certaine façon, peut aussi faire éclater l'OTAN, qui est le bras armé européen, occidental en tout cas, pour contenir les ambitions russes de Poutine.

[00:04:11] Speaker 1: Et cet intérêt pour le Groenland devenu obsessionnel chez Donald Trump, il provoque quel type de réaction outre-Atlantique aux États-Unis, où se trouve aussi le siège de l'ONU, Sarah Andersen ?

[00:04:22] Speaker 6: Il y a d'abord un soulagement ici, après l'exclusion explicite de l'usage de la force au Groenland. Mais à New York, et notamment dans les cercles diplomatiques proches de l'ONU, l'inquiétude demeure très forte. Même si le dossier n'est pas officiellement traité dans les couloirs des Nations unies, il alimente de nombreuses discussions en marge. La crainte porte avant tout sur la solidité des alliances américaines, et plus largement sur une remise en cause des normes internationales. Alors, dans les médias américains, le ton est particulièrement sévère. Par exemple, le magazine The Atlantic qualifie cette obsession groenlandaise d'épisodes disgracieux et honteux. Et puis, sur le plan politique, les ambitions de Donald Trump ont globalement suscité l'incrédulité et la consternation, chez les démocrates évidemment, mais aussi au sein du camp Trump à Washington. À l'inverse, certains républicains proches du président y voient une démonstration de fermeté, fidèle à la doctrine « America first ». Et ils présentent l'accord évoqué par Donald Trump avec l'OTAN comme une victoire pour les intérêts américains. Ils estiment que la pression exercée par Donald Trump a contraint les alliés à coopérer.

[00:05:30] Speaker 1: Amiral, quel intérêt présente le Groenland d'un point de vue stratégique ?

[00:05:34] Speaker 5: Alors, son intérêt est renouvelé. Et renouvelé parce que, du temps de la guerre froide, bien sûr, c'était un poste avancé. Il y avait environ 15 000 à 17 000 soldats américains au Groenland. Mais maintenant, la menace que Trump commence à bien stigmatiser, c'est bien celle de la Russie nouvelle. Bien que Poutine soit un ami intime qu'il adore, bien évidemment, bien qu'il soit un peu stupide aussi, d'après ses dires, bien sûr, quand même, la Russie est désignée comme celui qui peut lancer des fusées très, très puissantes sur les États-Unis et sur le monde occidental. Donc, il faut s'en prémunir. Et il faut donc essayer de revitaliser cette avancée, tout en sachant que, quand même, le territoire, la mer arctique est bordée principalement par les terres de la Russie. Et que les États-Unis, eux, n'ont que le bout d'Alaska. Ils aimeraient bien avoir tout le reste qui est contrôlé, qui appartient au Canada, bien sûr. Reprendre ce Groenland qui n'est qu'un morceau de glaçon, d'après lui, mais qui recèle bien d'autres richesses. Donc, si vous voulez, il y a cet intérêt-là. Il y a aussi d'autres intérêts, bien sûr. Que recèle cette mer arctique ? Bien sûr. Et puis aussi, qu'est-ce que c'est que cette nouvelle route ? Les eaux froides. La Russie a toujours été obsédée par l'accès aux eaux chaudes pendant très longtemps, parce qu'on ne pouvait commercier mondialement que par les eaux chaudes, d'où son intérêt pour la mer Noire, la Méditerranée, etc., qui est un peu contrecarré actuellement, d'ailleurs. Et c'est ce qui l'agace beaucoup. Avec les Chinois, la flotte de brise-glace russe, qu'ils possèdent encore et qu'ils augmentent, bien sûr, cette route-là s'ouvre. C'est une route commerciale importante. C'est donc un atout économique majeur. Et il me semble que contrôler cette route-là est aussi un objectif de la puissance américaine, comme ce doit être également un objectif pour les Européens.

[00:07:22] Speaker 1: L'unique base américaine, alors qu'il est au Groenland, celle de Pitoufic, elle est un élément vital du système de défense antimissiles américain aujourd'hui ?

[00:07:29] Speaker 5: Elle est un élément important. On peut le compléter. Il doit avoir envie de la compléter par d'autres bases avancées, essentiellement de détection. On peut penser peut-être qu'il y installerait quelques armes. Cela serait peut-être étonnant, parce qu'il n'en a pas besoin. Les armes sont stockées sur le territoire des États-Unis et leur allonge, c'est d'ailleurs la distance à laquelle ils peuvent frapper, bien sûr, est largement suffisante. Donc moi, il me semble que l'avantage du Groenland, c'est de pouvoir rapprocher dans ce domaine-là et vers l'ouest aussi une certaine quantité de capteurs qui pourraient prévenir à temps, bien sûr, et anticiper toutes frappes de missiles adverses.

[00:08:07] Speaker 1: Pour mieux protéger le territoire des États-Unis d'éventuelles frappes, pour mieux protéger aussi l'ensemble de l'Occident où ce n'est pas l'enjeu ?

[00:08:13] Speaker 5: Écoutez, pour Trump, c'est « America first ». Donc l'Occident, oui, éventuellement, si l'Occident veut bien payer.

[00:08:19] Speaker 1: C'est en tout cas à le cœur des préoccupations affichées par Donald Trump, la menace que feraient peser la Chine et la Russie sur le territoire américain via le Groenland, Dalila Gomery.

[00:08:30] Speaker 7: Oui, selon le président américain, le Groenland serait entouré de destroyers, de sous-marins russes et chinois. Or, pour l'heure, aucun navire militaire chinois ou russe n'a été repéré autour du Groenland. Et pour cause, vous le voyez sur cette carte, le Groenland est entouré de pays de l'OTAN. Il y a ici l'Islande, le Canada ou encore les États-Unis. La Russie et la Chine sont bel et bien présents dans l'Arctique, mais plutôt dans cette zone du Grand Nord, où ils s'activent grâce notamment à cette route maritime que vous voyez ici en pointillé, qui se dégage grâce à la fonte des glaciers, ce qui permet de mieux circuler, de raccourcir les parcours entre l'Asie et l'Europe et donc de faciliter les échanges. Pékin et Moscou ont des intérêts communs dans ce Grand Nord. La Russie y a particulièrement renforcé ses capacités militaires, a rouvert des bases et exporte aussi une partie de ses hydrocarbures en Asie. Quant à la Chine, elle a beaucoup investi dans les infrastructures de transport, d'énergie, de recherche et même dans le domaine militaire. C'est cette coopération sino-russe qui inquiète Washington et c'est ce que Donald Trump qualifie de menace militaire imminente sur l'île.

[00:09:44] Speaker 1: Merci Dalila Gomri, on vous retrouve dans un instant. En tout cas, Amiral, l'accord auquel dit travailler Mark Rutte, le secrétaire général de l'OTAN, il viserait à garantir que ni la Russie ni la Chine ne puissent s'implanter économiquement ou militairement au Groenland, ça vous semble possible, réaliste ?

[00:10:02] Speaker 5: C'est un peu compliqué, d'autant que, d'après ce que nous en savons, ni le Danemark ni le Groenland, qui est un territoire un peu autonome quand même, ne sont partie prenante de cet accord et que M. Rutte n'est absolument pas mandaté pour négocier. On peut penser qu'il a sorti une épine du pied du pauvre président Trump qui s'était peut-être un peu avancé en disant qu'il voulait l'acheter ou annexer complètement le Groenland. Il n'empêche que c'est un problème quand même extraordinairement important et on ne voit pas très bien comment il pourrait faire autrement que de négocier sans parler d'extraterritorialité. Mais l'OTAN a quand même ouvert cette route-là. Et quand on rajoute à cela que l'exercice de l'OTAN a été proposé au Groenland, avec bien sûr plus que la pluie de la France, on peut penser qu'il y a là une voie. Parce qu'avec Trump, le problème, c'est qu'il faut toujours trouver une voie dans son exercice de génie du deal. Donc il faut que là aussi les pays européens trouvent leur position, puissent défendre leur valeur, mais un peu plus que leur valeur, parce que c'est fondamental. Les problèmes des frontières et des possessions territoriales sont essentiels. Ça va même presque au-delà des valeurs. Et cela, l'Europe ne pourra pas accepter qu'il y ait quelques entorses, si vous voulez, dans ce domaine-là.

[00:11:22] Speaker 1: – Il est donc aujourd'hui question, on l'a compris, de revisiter l'accord de défense de 1951 par lequel les États-Unis maintiennent une présence militaire au Groenland tout en reconnaissant la souveraineté du Danemark sur ce territoire. À Pitoufic, l'accord de sécurité donne des pouvoirs importants à Donald Trump. On voit ça avec Alice Broga.

[00:11:42] Speaker 8: – C'est un territoire dont Donald Trump veut s'emparer à tout prix, au nom, dit-il, de la sécurité nationale.

[00:11:49] Speaker 9: – Actuellement, le Groenland est sillonné de navires russes et chinois. Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale et le Danemark ne pourra pas nous l'assurer, j'en suis certain.

[00:11:59] Speaker 8: – Donald Trump a pourtant déjà la possibilité d'y renforcer la présence américaine, car les États-Unis disposent d'un accès militaire garanti sur l'île depuis 75 ans. Leur présence au Groenland remonte à la Seconde Guerre mondiale. En 1941, Washington obtient le droit d'y construire des bases militaires pour défendre le territoire d'éventuelles agressions allemandes. Il y crée la base de Pitoufic, toujours en activité aujourd'hui. Puis, durant la guerre froide, les États-Unis, alliés du Danemark, au sein de l'OTAN, maintiennent leur présence sur l'île. C'est l'accord de 1951. Il définit des zones de défense dans lesquelles les États-Unis peuvent construire des installations et stationner du personnel pour protéger les lieux. Les États-Unis y administrent une dizaine de bases et y déploient jusqu'à 6000 soldats. Objectif, contrer la menace soviétique et notamment le risque d'un survol de l'île par un missile se dirigeant vers l'Amérique du Nord. Après la chute de l'URSS, la plupart des bases sont fermées, mais l'accord militaire est toujours en vigueur. Le texte est même actualisé en 2004. Le gouvernement local du Groenland devient lui-même signataire de l'accord. Et les États-Unis sont tenus de consulter et d'informer le Danemark et le Groenland pour toute modification significative de leurs opérations sur l'île. Dans les faits, les autorités locales ont toujours satisfait aux requêtes américaines.

[00:13:17] Speaker 4: Les États-Unis prétendent avoir besoin du Groenland pour leur sécurité nationale. Mais l'accord en vigueur ainsi que la bonne volonté politique qui accompagne sa mise en œuvre concrète font que les États-Unis pourraient probablement obtenir à peu près tout ce dont ils ont besoin au Groenland en le demandant simplement poliment.

[00:13:40] Speaker 8: Les États-Unis pourraient donc simplement augmenter le nombre de soldats sur place en informant leurs alliés, mais sans s'emparer de ce territoire attaché à la couronne danoise depuis près de 300 ans.

[00:13:53] Speaker 1: Amiral, si d'aventure un pouvoir moins favorable aux États-Unis s'installait un jour au Danemark, on pourrait comprendre les craintes américaines de voir leur présence remise en cause au Groenland.

[00:14:04] Speaker 5: Pour l'instant, ce qu'on peut dire, c'est que c'est plutôt l'administration Trump qui remet en cause absolument tout ce que les États-Unis ont signé depuis un certain nombre d'années. On ne compte plus le nombre de conventions qu'il a balayées d'un revers de main. Donc si vous voulez, la menace qu'un petit pays comme le Danemark ou une union aussi faible militairement simplement que l'Union européenne puisse appliquer à cette convention-là le traitement qu'a fait subir Trump à toutes les autres conventions, ça n'est pas vraisemblable. En revanche, nous devons tous craindre que chaque fois qu'ils signent une convention, les États-Unis ne les respectent pas. Et cela même a dévalorisé complètement la parole des États-Unis. Et le mal que fait M. Trump aux États-Unis dans la confiance que peut avoir le monde dans l'action des États-Unis est absolument considérable et désastreuse.

[00:14:56] Speaker 1: Alors l'accord justement dont il est question à présent envisagerait, de ce que l'on en sait en tout cas, de céder des parcelles de souveraineté aux États-Unis, à commencer par celle sur laquelle repose cette base de pitoufics, un peu à l'image, en s'inspirant du moins de ce que les Britanniques ont obtenu à Chypre. Cet exemple, il est réplicable ailleurs.

[00:15:15] Speaker 5: Remarquez, on a Guantanamo aussi. Sur l'île de Cuba. Les États-Unis sont d'une plasticité extraordinaire lorsqu'il faut inventer quelque chose parce que la force le permet, tout simplement. Le droit international, on a l'impression, a été bafoué bien sûr par Poutine en attaquant l'Ukraine, par bien d'autres encore bien sûr, mais là, il est complètement foulé au pied par Trump. Donc, inventer extraterritorialité, rachat de gigantesques territoires comme le Groenland, ne le gêne absolument pas. Simplement, il a retrouvé quand même, en face de lui, une Union européenne relativement regroupée et qui a quelques arguments à faire valoir. Donc, si vous voulez, moi, il me semble qu'on devrait trouver, il devrait trouver un modus vivendi avec, comme l'a dit l'intervenant précédent, avec un peu plus de politesse, si vous voulez. S'il demandait gentiment, il aurait tout ce qu'il veut, mais pas du territoire. En revanche, des installations, autant qu'il aura besoin, dans la mesure où il pourra prouver qu'effectivement c'est réel et s'il oublie un peu tous les mensonges qu'il prodigue à longueur de discours parce qu'autour du Groenland, il n'y a pas des multitudes de navires chinois, russes, etc. Poutine vient de dire, d'ailleurs très poliment, on n'est pas obligé de le croire non plus, que bien sûr, le Groenland ne l'intéressait pas.

[00:16:32] Speaker 1: Encore faut-il convaincre les Groenlandais eux-mêmes et les Danois, sans parler des Européens, échaudés par la multiplication des déclarations agressives de la part de Donald Trump. Les 27 ont maintenu leur sommet extraordinaire, convoqué initialement pour répondre à la menace de droits de douane supplémentaires agitée par le président américain, Alix Le Bourdon.

[00:16:51] Speaker 10: Le sommet de jeudi avait initialement été convoqué en urgence par les Européens à la suite des menaces tarifaires de Donald Trump vis-à-vis de plusieurs pays européens après leur soutien au Groenland. Mais après le changement de cap soudain américain, les Européens sont soulagés mais ne veulent pas être dupes et se préparent déjà à la prochaine menace. Lors de ce sommet, les discussions ont beaucoup tourné autour de l'accord trouvé entre le chef de l'OTAN, Mark Rutte, et Donald Trump au sujet du Groenland. La première ministre danoise s'est dite ouverte au dialogue, notamment en ce qui concerne la renégociation de l'accord de défense de 1951 qui permet notamment aux Etats-Unis d'exploiter des bases au Groenland. L'OTAN, comme le Danemark, reconnaissent qu'ils doivent renforcer leur engagement dans l'Arctique. D'autres éléments s'apparentent plus pour le moment à des intentions qu'à de véritables engagements fermes, notamment un accord selon lequel les Etats-Unis et l'Union européenne ne s'imposeraient pas l'un l'autre de nouveaux droits de douane, mais également la création d'un organisme chargé de surveiller les droits d'exploitation au Groenland pour éviter qu'une autre grande puissance comme la Chine ou la Russie, par exemple, ne remporte la course aux ressources.

[00:18:08] Speaker 1: Amiral, la France a proposé ces derniers jours de lancer un exercice militaire au Groenland sous l'égide de l'OTAN. Est-ce toujours d'actualité d'après vous ?

[00:18:17] Speaker 5: Plus que jamais. Il me semble même que c'est moins risqué que le précédent exercice « Arctic Endurance » où il y avait une trentaine de militaires français et deux allemands qui ont été vite retirés d'ailleurs par le chancelier Merz car cela risquait de fâcher fort M. Trump.

[00:18:31] Speaker 1: Vous avez compris d'ailleurs cette décision ?

[00:18:33] Speaker 5: Ce sont les intérêts allemands et d'ailleurs M. Merz a dit que la France et l'Allemagne n'ont pas forcément tout à fait les mêmes intérêts. Parlons d'exploitation de voitures, d'automobiles, etc. Les intérêts sont, mais il semble bien qu'il ait insisté par la suite sur la convergence sur un certain nombre de domaines. L'OTAN, en tout cas, vous semble nécessaire, plus que jamais nécessaire au Groenland. C'est une manœuvre intéressante, voire même intelligente, si je peux me permettre, parce qu'elle met M. Trump en face de ses contradictions. Il appartient à l'OTAN, 16% du budget de l'OTAN, la colonne vertébrale de l'OTAN. Sans les États-Unis, l'OTAN n'existe pas. Et en même temps, on lui propose d'aller sur ce territoire pour le défendre, puisqu'il dit lui-même que le Danemark ne peut pas le défendre. Ce qui est vraisemblable, d'ailleurs. Le Danemark, ça, ne peut pas. Mais là, on lui dit, écoutez, voilà, on vous offre ceci, et surtout dans la légalité. Parce que, lorsqu'on compare ce qui a été dit, cet accord, M. Rutte ne l'a pas négocié. M. Rutte n'a absolument aucun mandat, ni des Groenlandais, ni des Danois, pour négocier un accord. Donc, il a offert, comme on le disait tout à l'heure, des sorties relativement élégantes à M. Trump, mais c'est à peu près tout. Et de toute façon, il obtiendra ce qu'il veut, à condition que ce ne soit pas du territoire. Et alors, répliquer un quelconque modèle, pardon, ça n'est même pas la peine. Il peut inventer le modèle qu'il veut. Il peut dire, je vais l'acheter, et puis, en définitive, se rattraper sur deux ou trois bases, simplement. Mais avec des accords solidement conclus, et en particulier sur les responsabilités juridiques et de respect de la nature, auxquelles les Danois et les Groenlandais

[00:20:11] Speaker 1: sont extrêmement attachés. L'autre motif peut-être moins avouable de Donald Trump est l'exploitation de minerais. De quelles richesses dispose le Groenland,

[00:20:19] Speaker 7: d'Ali Lagommerie ? Le territoire regorge de richesses naturelles, comme le pétrole, le gaz. Il y a aussi de l'or, du diamant, du cuivre. Et surtout, le Groenland abrite quelques 36 millions de tonnes de terres rares, très recherchées pour les industries de haute technologie et de la défense. On estime entre 12 et 25 % les réserves présentes au Groenland. Un trésor qui pourrait permettre aux Américains, mais aussi aux Européens, de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine. Sauf que toutes ces richesses sont largement sous-exploitées à cause d'une situation géographique et géologique compliquée. Le Groenland ne dispose pas non plus d'infrastructures adaptées. Et à ce jour, seules des licences d'exploration sont accordées, non pas des licences d'exploitation. A cela, on s'ajoute une législation assez restrictive, puisqu'un moratoire de 2021 interdit d'exploiter les hydrocarbures et l'uranium pour des raisons purement écologiques. Il n'empêche que Donald Trump lorgne toujours sur ce trésor polaire. Reste maintenant à voir si toute cette escalade autour du Groenland n'était pas là encore un moyen d'obtenir par la négociation in fine l'accès à toutes ces richesses du Groenland.

[00:21:40] Speaker 1: Merci Dalila Gomri. Amiral, c'est là aussi un enjeu stratégique pour le Danemark et ses alliés européens. Ne pas céder aux visées américaines sur ces actifs stratégiques, sur ces richesses naturelles.

[00:21:53] Speaker 5: Il y a toujours un volet économique, quand ce n'est pas un volet d'enregistrement personnel, dans la démarche du président Trump. Les minéraux rares, les minéraux ne manquent pas tellement. Ce qui manque, ce sont les capacités d'extraction et de traitement de ces minéraux. Or, il faut savoir que le traitement de ces minéraux est extraordinairement polluant. C'est en partie pour cela, d'ailleurs, que tout cela a été un peu renvoyé vers la Chine, qui était l'usine de l'Europe et du monde entier. Ils ont les terres rares, ils savent les traiter et surtout, ils se moquent un peu de la pollution. Alors, Trump aussi s'en moque un petit peu. Je crois savoir qu'il a quand même balayé là aussi quelques traités sur le climat et sur l'évolution de la pollution dans le monde. Nous en savons quelque chose. Voilà, nous en savons quelque chose. Donc, lui, son problème, c'est aussi qu'il voudrait implanter vraisemblablement des usines ou des unités de traitement au Groenland. Or, nous savons que là, c'est peut-être une ligne rouge pour les Groenlandais. Ils vivent en communion avec la nature. D'après ce qu'on m'a dit, je suis peu allé au Groenland. Mais la marine nationale, on voit très souvent des bâtiments. Nos bâtiments modernes, et j'en finirai par là, font tous, dans leur traversée longue durée avant d'être acceptée par la marine, de grands séjours dans les zones froides. Et ce, depuis longtemps. Ce qui signifie quand même que la France et sa marine, bien évidemment, s'intéressent depuis très longtemps à ce qui se passe dans ces mers-là qui sont aussi des routes de passage des bâtiments sous-marins nucléaires et autres russes qui partent de Mourmansk et qui font le tour. Donc, ce sont des zones que l'on connaît, ce sont des zones dont on entretient la connaissance, mais ce sont des zones qui sont très préservées. Et ça, je crois que là, les Danois et les Groenlandais sont très attachés à cette préservation. Est-ce qu'ils pourront résister aux pressions extraordinaires que va faire peser Trump sur eux ? Ça, c'est une autre question. Nous le verrons à l'avenir.

[00:23:45] Speaker 1: – Oui, un milieu très préservé où la présence américaine n'a pas laissé que de bons souvenirs en 1968, en pleine guerre froide. Un gardien B-52 transportant des bombes à hydrogène s'est écrasé sur la banquise à proximité de la base aérienne de Pitoufic, autrefois Thulé. Les travailleurs danois appelés à nettoyer les débris ont par la suite développé des cancers et des maladies chroniques attribuées à leur exposition au plutonium. Retour sur ce drame longtemps occulté.

[00:24:11] Speaker 11: – C'est un B-52, comme sur ce film d'amateur de l'époque, qui s'est écrasé le 21 janvier 1968. Les quatre bombes atomiques qui étaient à bord se sont disloquées. La neige, la glace, les débris de l'appareil sont contaminés par la radioactivité. Des centaines d'ouvriers danois et groenlandais sont alors chargés de récupérer tout sans aucune précaution. 50 000 tonnes de débris et de neige contaminée seront expédiées aux États-Unis dans des containers. Dans l'année qui va suivre, 98 personnes sur 1202 employés de la base vont mourir. Un taux de mortalité est d'autant supérieur à la normale. Dans quelques jours, cette affaire tombera sous le coup de la prescription, 20 ans après. Alors, une vingtaine de personnes employées à l'époque par l'armée américaine pour certaines atteintes de leucémie témoignent, portent plainte

[00:25:07] Speaker 1: et demandent des dommages et intérêts. – Amiral, on comprend en visionnant ces images la méfiance d'une partie des Danois et des Groenlandais envers les États-Unis.

[00:25:15] Speaker 5: – Oui, on le comprend tout à fait et c'est quand même très polluant, difficile à maîtriser. On le voit bien en Ukraine, avec tous les centrales dont certaines ont explosé, dont d'autres sont exposées. Dans le sud de l'Espagne, il y a eu aussi un accident de ce type-là et il a fallu récupérer, je crois que toutes les armes ont été récupérées, je ne suis pas tout à fait certain, mais dans nos pays développés, cela peut se produire aussi. On n'en entend plus parler, je pense qu'on va à nouveau en entendre parler dans très peu de temps et là, il y aura peut-être une réaction espagnole également, encore que l'Espagne soit un très bon élève de l'OTAN jusqu'à présent.

[00:25:51] Speaker 1: – Justement l'OTAN, elle ressort comment de cette semaine à rebondissements, mise à mal par Donald Trump ou au contraire, replacée sur le devant de la scène par Marc Rutter ?

[00:26:01] Speaker 5: – L'OTAN a connu une évolution de son histoire extraordinairement rapide depuis son état de mort cérébrale déclaré par le président Macron et il n'avait pas tort. Bien sûr, M. Poutine y est pour beaucoup puisqu'il a fait resserrer les rangs bien sûr des Occidentaux donc là, nous avons repris un peu d'organisation, d'allant dans ce domaine battu bien sûr en brèche par le président Trump mais aussi poussé en nous demandant de dépenser 5% de nos PIB pour la défense ce en quoi il n'avait pas tort parce que tout le monde, ou à peu près sauf peut-être la France qui a développé cette situation, tout le monde se protégeait tranquillement sous le parapluie américain. Il n'avait pas forcément tort et heureusement même qu'il l'a fait lors de son premier mandat parce que maintenant, l'élan est déjà un peu donné élan qui va s'accélérer bien sûr parce que l'OTAN maintenant a une place tout à fait centrale dans la mesure où les États-Unis resteront dans l'OTAN, ou dans la mesure où les États-Unis ne mesureront pas chichement leur appartenance à l'OTAN ou n'auront pas des demandes extraordinaires vis-à-vis de leurs alliés qui sont pour certains d'entre eux dans des situations financières délicates.

[00:27:07] Speaker 1: Merci beaucoup Amiral Michel Ollagaraï, ancien commandant de l'école navale, ancien directeur du centre des hautes études militaires d'avoir été avec nous. C'est la fin de cette émission vous pouvez la retrouver sur notre site internet france24.com la semaine prochaine pour un nouveau numéro du Monde dans tous ses États.

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Arow Summary
French TV segment analyzes Donald Trump’s shifting stance on acquiring Greenland: after threatening annexation, he pivots to the idea of an agreement via NATO. Interview with Vice Admiral Michel Lagaraille discusses credibility damage to the US, risks to alliances and international norms, and Greenland’s strategic value in Arctic missile warning, sea routes, and great-power competition with Russia/China. The program reviews the 1951 US–Denmark defense agreement enabling US bases (notably Pituffik/Thule), notes that NATO chief Mark Rutte lacks a mandate from Denmark/Greenland to negotiate sovereignty issues, and suggests NATO exercises as a legal, face-saving path. It also covers Greenland’s mineral potential (rare earths, hydrocarbons) constrained by infrastructure and environmental moratoria, and recalls the 1968 B-52 nuclear accident near Thule fueling local distrust. Overall tone: concern about US unpredictability, European sovereignty, and Arctic militarization/economic stakes.
Arow Title
Trump, l’OTAN et le Groenland: revirement et tensions arctiques
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Arow Key Takeaways
  • Trump’s rapid reversals on Greenland amplify doubts about US credibility among allies and adversaries.
  • Greenland’s strategic value centers on Arctic surveillance/early warning, access and control of emerging sea routes, and positioning vs Russia/China.
  • The 1951 US–Denmark defense agreement already grants broad US access; sovereignty transfer is not necessary to expand capabilities.
  • NATO involvement could offer a lawful, face-saving framework, but the NATO Secretary General lacks mandate to negotiate for Denmark/Greenland.
  • Economic drivers include rare earths and potential hydrocarbons, but extraction/processing is infrastructure-heavy and environmentally contentious.
  • Historical incidents like the 1968 Thule B-52 crash contribute to Danish/Greenlandic mistrust of expanded US presence.
Arow Sentiments
Neutral: Analytical and concerned tone: highlights anxiety over US credibility and alliance stability, discusses strategic/economic motivations and legal constraints without overt advocacy.
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