[00:00:11] Speaker 1: — Bonjour et bienvenue en tête-à-tête sur France 24. Notre invité cette semaine est Housseni Amion Gwindo. C'est un ancien ministre malien, ancien vice-président de l'Assemblée nationale. Il est président du parti Convergence pour le développement du Mali, un parti qui a été dissous, comme tous les autres partis politiques, par la junte au pouvoir à Bamako. Il vit entre le Mali et la Côte d'Ivoire. Il est avec nous depuis un lieu tenu secret pour des raisons de sécurité. Merci beaucoup d'être notre invité. Merci pour l'invitation. Alors vous avez rejoint la coalition des forces pour la République, qui a été lancée le 5 décembre par des opposants comme vous et qui est menée par l'imam Mahmoud Diko. C'est l'ancien président du Haut Conseil islamique du Mali, qui vit depuis deux ans en exil en Algérie voisine et qui a diffusé le 22 septembre un appel aux Maliens, je le cite, à se lever, non pas pour violenter qui que ce soit, mais pour mettre fin aux souffrances et aux meurtres en cours. Alors vous êtes l'un des principaux acteurs politiques à rejoindre cette coalition. Pourquoi ?
[00:01:23] Speaker 2: Merci à vous. Alors, effectivement, j'ai apporté mon soutien à cette coalition parce que, tout simplement, dans un premier temps, j'ai dénoncé une sorte de manichéisme qui prévaut au Mali. Soit on est avec la dictature stérile que nous avons actuellement à la tête du pays, soit on est avec cette dictature, soit on est avec les terroristes. Alors donc, il était important d'avoir une troisième voie, puisque nous autres, qui ne sommes pas pour le projet terroriste et qui sommes fatigués aussi de cette dictature stérile depuis plus de cinq ans, alors pour nous, l'imam Diko et la CFR incarnent bien entendu une troisième voie. Pour nous, la CFR, c'est un espoir. Un espoir de voir, d'abord pour les politiques, de voir la démocratie revenir, de voir la République revenir telle que nous l'avons connue, nos libertés individuelles, que la justice revienne dans le pays. Je pense que c'est cet espoir que porte la CFR avec l'imam Mahmoud Diko. Ensuite, la CFR, c'est aussi la cohabitation entre religions. Vous voyez, le porte-parole de la CFR est un éminent intellectuel et politique malien, Etienne Fakaba Sissoko, chrétien. L'imam Mahmoud Diko, leader musulman. Et donc, c'est aussi la promesse d'une cohabitation entre religions dans notre pays. La CFR, c'est l'espoir pour tous ces aujourd'hui qui veulent la paix dans notre pays, qui veulent que la paix revienne au Mali. Donc, je pense que c'est pour toutes ces raisons, pour plusieurs autres raisons, alors que nous avons décidé, puisqu'on ne se reconnaît pas dans cette dictature stérile, on ne se reconnaît pas dans le projet djihadiste, donc il fallait une troisième voie et la CFR, pour nous, incarne cette troisième voie. Et pour nous sortir de ce manichéisme ambiant à l'intérieur du pays.
[00:03:29] Speaker 1: Alors, le problème, c'est que pour l'instant, il y a eu vous, il y a eu peu de ralliements de personnes importantes. Récemment, le président du parti socialiste démocrate africain, Ismaël Sakho, mais beaucoup d'autres hommes politiques, dont les partis ont été dissous, ne se joignent pas, ou en tout cas, ne le disent pas publiquement à la CFR. Est-ce que ce n'est pas quand même un problème pour vous ?
[00:03:51] Speaker 2: Nous pensons que ce n'est pas un problème. D'abord, la CFR est née... Il y a quelques semaines, comme on l'a dit chez nous, avec toutes ses dents. La CFR est née avec ses dents. Déjà avec l'imam Mahmoud Diko, je pense que c'est déjà un grand départ pour la CFR. La CFR, je pense que nous avons... Le porte-parole a dit, je ne suis pas là en tant que porte-parole, je ne porte pas la parole de la CFR, mais le porte-parole l'a bien et bien dit, c'est une structure... La CFR... Il comprend aussi des structures clandestines. Donc, il est important de le noter. Et au-delà de tout ça, je pense que très peu... Il y en a, j'ai suivi, il y en a suivi qui est sorti pour se désolidariser. Bon, mais en réalité, beaucoup, tous ceux qui ne parlent pas, ne sont pas forcément contre la CFR. Et je sais que la CFR continue de s'organiser. Et en définitive, je dirais que... C'est la meilleure alternative aujourd'hui pour l'opposition au Mali. Donc, en cela, c'est un espoir.
[00:05:00] Speaker 1: Alors, est-ce qu'il n'y a pas aussi une certaine méfiance de certains vis-à-vis de l'imam Diko ? Peut-être certains le trouvent trop radical ou peut-être trop proche de l'Algérie où il vit en exil. Est-ce que vous pensez que ça explique certaines réserves ?
[00:05:15] Speaker 2: Bon, maintenant, moi, je pense que pour les politiques, c'est la promesse d'un retour au multipartisme et à la démocratie. L'imam Mahmoud Diko donne cette garantie. C'est, je pense qu'avec cette garantie que les politiques ont accepté s'engager avec lui. Dans la situation dans laquelle nous sommes, est-ce qu'on peut continuer avec la dictature-là qui interdit aujourd'hui toute voie critique, qui interdit les partis, qui interdit les associations à caractère politique et aussi des djihadistes dont on ne connaît pas l'agenda. Au moins, avec Mahmoud Diko, nous sommes sûrs que c'est un espoir que notre démocratie reviendra. Donc, pour nous politiques, c'est un espoir au-delà des politiques. Mais pour les Maliens, les Maliens qui, dans un dialogue national inclusif, ont décidé d'ouvrir un dialogue, je veux dire des négociations avec les hommes, les groupes armés. C'est les Maliens qui l'ont décidé à l'issue d'une assise. Alors, l'imam Mahmoud Diko a cette suite. Il a été installé par le gouvernement de la République du Mali à la tête d'une mission de bons offices pour prendre contact avec les groupes armés. Donc, s'il y a méfiance, je pense que ça peut être discuté. Mais je ne pense pas qu'il soit sorti du cadre et des limites que le gouvernement lui a tracées dans ce sens pour aller parler avec les hommes armés. Alors, justement... Donc, voilà ce que je peux dire. Il peut y avoir méfiance, mais sincèrement, pour nous aujourd'hui, c'est la meilleure alternative. Pour quelqu'un qui se noie. Mais si tu lui tends le couteau, il va le prendre pour se sauver. La lame du couteau, bien entendu.
[00:07:00] Speaker 1: J'ai bien compris. Donc, votre coalition prône en effet le dialogue avec les groupes armés maliens, ça veut dire les rebelles du Front de Libération de l'Azawad, mais aussi les djihadistes du JNIM, le groupe de soutien à l'islam et aux musulmans qui sont liés à Al-Qaïda. Donc, est-ce qu'il y a déjà des contacts avec... avec les gens du FLA et aussi avec Iyad Akrali, par exemple, pour essayer de trouver des ponts ?
[00:07:32] Speaker 2: Ce que je pourrais dire, comme je l'ai dit, je ne suis pas là pour porter la parole de la CFR, mais ce que je peux dire, la question aujourd'hui qui doit se poser, c'est qu'est-ce qu'il faut négocier ? Et est-ce qu'il faut négocier pour l'ensemble ? Sinon, les négociations... C'est pour ça que les groupes armés sont déjà en cours. Les négociations actuellement pour la libération, je veux dire, pour la libération de l'otage émirati, il y a eu des négociations. Pour la libération des otages marocains, des chauffeurs marocains, il y a eu des négociations. Il y a eu des négociations à travers des responsables locaux pour des... à la limite des allégeances vis-à-vis des djihadistes sur... une bonne partie du territoire national. En tout cas, je connais davantage ce qui se passe dans le centre du pays, et je sais que c'est des allégeances qui ont été signées, souvent avec la complicité, avec l'accompagnement du gouvernement du Mali. Donc la question n'est pas de négocier ou de ne pas négocier. Pour moi, il faut sortir de l'hypocrisie. Il faut que le pouvoir sorte de cette hypocrisie. Les négociations sont en cours. Il y a des négociations qui se font. Maintenant, qu'est-ce qu'il faut négocier ? Est-ce qu'il ne faut pas accepter de négocier, au lieu de négocier de façon par portion, de façon parcellaire à l'intérieur du pays, pourquoi ne pas porter cette négociation au niveau national ? Avec qui il faut négocier ? Je pense que les questions qui se posent actuellement, c'est cela. Sinon, la question, est-ce qu'il faut négocier avec IAD ? Est-ce qu'il faut négocier avec CUFA ? Pour moi, ces questions ne se posent plus parce que des négociations ont toujours été menées, même bien avant tout ça, pour des otages français ou d'autres types d'otages. Bien avant même cette transition. Pendant cette transition, je pense que des négociations sont en cours.
[00:09:25] Speaker 1: Alors, la Jinte dit toutefois que la solution est militaire. Est-ce que sur le terrain, quand on voit ce qui se passe notamment dans l'ouest du pays, le blocus autour de Bamako, est-ce que la Jinte, d'après vous, est en train de perdre et risque de s'effondrer ?
[00:09:43] Speaker 2: Moi, je pense que je suis de ceux qui pensent, qui avaient des doutes au départ, mais qui, depuis un moment, ont la conviction que la Jinte, là, ne constitue pas la solution au problème du Mali. La Jinte constitue le problème, aujourd'hui, du Mali. Donc, le tout militaire, je pense que tout le budget, pratiquement tout le budget du Mali est aujourd'hui orienté dans ce sens. Mais, comme vous pouvez le constater, s'il y a 10 ans, en 2013, oui, en 2013, si nous étions dans le nord, en 2018, on était dans le centre. Aujourd'hui, nous sommes à Sikasso. Aujourd'hui, les djihadistes occupent des zones à Sikasso, des zones à Kaye, des zones à Koulikoro, des zones à Ségou. Ça, c'est pendant ces 6 ans, près de 6 ans que la Jinte vient de passer au pouvoir au Mali. Donc, pour moi, ils n'ont pas la solution et ils ne sont pas la solution pour le problème actuel du Mali. C'est pourquoi, d'ailleurs, nous avons choisi cette troisième voie.
[00:10:45] Speaker 1: Juste, dernière question. Comment est-ce que vous comptez prendre le pouvoir ? Est-ce que vous appelez à un renversement de la Jinte, y compris par des moyens violents ? Comment est-ce que vous allez arriver au pouvoir ?
[00:10:59] Speaker 2: Bon, nous pensons que la Jinte... Nous appelons la Jinte... Nous pensons que la Jinte peut... On peut discuter par des moyens pacifiques qu'il s'agit du Mali. Il ne s'agit pas de personnes. Nous sommes sous une dictature. Et cette dictature, pendant 6 ans, ne produit rien en termes de sécurité, en termes d'école, en termes de santé, à tous les niveaux. Donc, il est important, en tant que fils du Mali, qu'on puisse parler et qu'ils comprennent qu'ils ne sont pas la solution. Mais ce qui est important, ce qui est, en tout cas, de notre devoir, c'est de faire en sorte que les Maliens, et d'ailleurs les Maliens, au fur et à mesure comprennent que cette dictature n'est pas la solution. Beaucoup de patriotes commencent à rallier ces mouvements-là. C'est pourquoi, d'ailleurs, je ne rentrerai pas... Je vous ai dit, je ne suis pas là pour porter la parole de la CFR. Mais j'ai quand même... Je sais à peu près ce qui se passe. Et je sais qu'il y a beaucoup de ralliements. Les Maliens, aujourd'hui, en masse, viennent de ce côté parce qu'ils ont compris définitivement que la dictature, le CNSP, n'est pas la solution pour le Mali.
[00:12:08] Speaker 1: Merci beaucoup, Ouseni Amion Gouindo, d'avoir répondu aux questions de France 24. Et merci à vous d'avoir regardé cette édition d'En Tête à Tête sur nos antennes. Merci à vous. Merci beaucoup.
We’re Ready to Help
Call or Book a Meeting Now