[00:00:00] Speaker 1: Bonjour Christophe. Bonjour Damien. Cette ICE est donc devenue un business colossal depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a profité surtout d'ailleurs à ses soutiens.
[00:00:08] Speaker 2: Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le budget de la lutte contre l'immigration en général a été très largement renforcé. Il y a l'ICE, de 9 à 11 milliards de dollars pour cette simple agence anti-immigration, mais aussi d'autres budgets renforcés par la grande loi de Trump, One Big and Beautiful Bill, qui prévoit sur 4 ans plus de 30 milliards de dollars pour le renforcement des procédures d'expulsion, 45 milliards de dollars pour les centres de détention, toujours sur la même mandature. Au total, ce sont plus de 100 milliards de dollars sur 4 ans, près de 28 milliards de dollars par an qui sont ainsi injectés. ICE est surtout devenue la première force fédérale américaine en termes de moyens financiers. Des chiffres impressionnants.
[00:00:55] Speaker 1: Des moyens financiers investis. Et qui profitent à un certain nombre d'entreprises qui y trouvent aussi un intérêt.
[00:01:00] Speaker 2: Et c'est là que ça devient intéressant, Damien, parce que cette machine d'expulsion à grande échelle repose effectivement massivement sur le secteur privé de l'identification des migrants à leur traque, à leur arrestation, leur transport et surtout aussi leur détention avec des prisons privatisées. Depuis janvier dernier, ICE a multiplié les contrats avec des sociétés privées, des contrats souvent conclus sans réelle procédure d'appel d'offres. Parmi les gagnants, on peut citer Palantir, l'agent absolu des big data. Palantir a décroché un contrat à 30 millions de dollars au printemps dernier pour développer la plateforme Immigration OS, un outil qui permet de croiser et de suivre presque en temps réel les données sur les migrants. Un autre de près de 20 millions de dollars en septembre. Autre bénéficiaire, Géogroupe, qui est spécialiste des prisons, qui gère les prisons. ICE a d'abord conclu un contrat gigantesque pour un centre de détention à Milly, sur la côte est-américaine. Contrat à plus de 60 millions de dollars par an. Un autre à 70 millions de dollars par an pour un autre centre de détention. Et puis surtout aussi un contrat de skip tracing. Alors skip tracing, c'est la recherche de personnes suspectes. Là, on est sur du logiciel. 121 millions de dollars sur deux ans. Et puis, Corsivic, autre géant des centres de détention, qui a lui aussi vu ses revenus augmenter de 125 millions de dollars sur les 9 premiers mois. Ça fait 8% sur 8 mois par rapport à l'année dernière, par rapport à 2024. Et même 18% sur un an si on prend le seul troisième trimestre par rapport à 2024. Et parce que là où il y a eu des contrats assez juteux pour la gestion de prison. Hier, vous évoquiez, et on ne va pas le faire de nouveau aujourd'hui, mais vous évoquiez aussi un groupe français, Capgemini, qui a eu aussi décroché des contrats, on n'y reviendra pas aujourd'hui, en bourse. Toutes ces entreprises ont bondi, surtout après. L'élection, au mois de novembre 2024, l'élection de Donald Trump. Et c'est très impressionnant, notamment pour Palantir. Vous voyez, l'action Palantir a été à hauteur de 60 dollars en novembre 2024. Et elle est montée à plus de 166 dollars. C'est presque trois fois plus.
[00:03:12] Speaker 1: On a vu ces chiffres impressionnants. On parle donc de dizaines, de centaines de millions de dollars. Et vous disiez que ces contrats remportés, ils avaient été sans appel d'offres ?
[00:03:20] Speaker 2: Oui, parce que la thématique de l'immigration, elle a été érigée en ce qu'on appelle l'urgence nationale. Ce qui permet à l'exécutif... De contourner certaines règles de marché public, et donc les appels d'offres. Et donc, on a vu des contrats confiés à des proches de l'administration. Palantir, c'est l'entreprise fondée par le milliardaire Peter Thiel, qui, entre parenthèses, était à Paris cette semaine. Lundi, il a déjeuné avec Jean-Noël Barraud. Il a donné une conférence également. C'est un très proche d'Elon Musk, avec qui il a fondé PayPal en 1998.
[00:03:51] Speaker 1: Figure nationaliste.
[00:03:53] Speaker 2: Figure nationaliste. Et c'est aussi un très proche de J.D. Vance. Les investisseurs anciens de Palantir sont aujourd'hui membres de l'administration Trump. A commencer par le tsar des frontières, vous l'évoquiez tout à l'heure, Tom Oman. Et puis, l'un de ses collaborateurs aussi, son bras droit. Et puis, la procureure générale des Etats-Unis, Pam Bondi. Tous ceux-là sont passés par Palantir. Certes, Peter Thiel n'a pas contribué financièrement à l'élection de Donald Trump pour ce deuxième mandat. Il avait même justifié qu'il ne donnerait pas d'argent, parce qu'il était déçu de ses précédents investissements. Mais ce n'est pas le cas de deux autres groupes, c'est ça ? Ah non, eux, ils ont mis la main à la poche pour la campagne et pour faire réélire Donald Trump. Joe Group, d'abord, a été un très gros contributeur, avec plus de 3,5 millions de dollars de donations dans des packs et des super packs. Ces instruments qui permettent de récolter de l'argent. Quant à CoreCivic, c'est un peu moins impressionnant. 800 000 dollars aux différents comités. Mais le patron de CoreCivic, Damon Inninger, a fait un don de 300 000 dollars. C'est un bon retour sur investissement, quand même. Oui, ça ressemble presque à du népotisme, quand même. Oui, vous allez en être encore un peu plus convaincus avec cette histoire que raconte l'Express, notamment. Je vous parlais de l'instant de Tom Oman, en septembre 2024, soit deux mois avant l'élection et la victoire de Donald Trump. Il est interpellé par le FBI lors d'une enquête pour corruption présumée. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir promis des contrats publics en cas de victoire de Donald Trump contre commission. Une opération sous couverture. Il est monté et il est pris la main dans le sac avec pas moins de 50 000 dollars en petite coupure. Oui, tout à fait. Mais après l'élection, le dossier est classé sans suite. Et Tom Oman est aujourd'hui de retour à la tête d'ICE dans le Minnesota, à Minneapolis. Un épisode qui résume pour cet attracteur la nouvelle réalité de la politique migratoire américaine. Un mélange d'idéologie, d'urgence sécuritaire et puis de business. Beaucoup d'argent. Merci beaucoup, Christophe, pour cet éclairage passionnant ce matin.
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