Inside 'Fauve': Da Costa’s Circus of Violence (Full Transcript)

Bestselling author Mélissa Da Costa discusses her novel 'Fauve,' set in a 1980s circus, exploring patriarchy, trauma, and the fauves within.
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[00:00:10] Speaker 1: Sa voix n'a pas l'assurance qu'il aurait aimé afficher. Il est envahi d'une drôle de fièvre. Son cœur cogne dans sa poitrine. Chavo l'abandonne. Tony se retrouve seul. Seul à quelques centimètres des bêtes qu'il observe. Il en est certain. Il risque un coup d'œil dans une cage et se fige. Face à lui, deux yeux d'un ver vif, plantés dans les siens. Un tigre trapu d'au moins 200 kilos, campé sur ses quatre pattes. Un pelage fauve, strié de noir. Des babines épaisses. Une respiration lourde, menaçante, qui génère des décharges électriques dans sa colonne vertébrale. Il aimerait rappeler Chavo. Lui dire péniblement qu'il a changé d'avis, qu'il n'a pas la carrure. Mais il est incapable d'ouvrir la bouche. Incapable aussi de détourner son regard de celui du fauve. Dans sa peur, il y a autre chose. Un enivrement. Une exaltation.

[00:01:10] Speaker 2: A l'affiche aujourd'hui, la romancière Mélissa d'Acosta avec ses 5 millions de livres vendus. Elle plonge ses lecteurs dans l'arène d'un cirque, au milieu des fauves, pour son neuvième roman, surprenant, tendu et sans concession. Bonjour à tous et bonjour Mélissa d'Acosta. Merci pour cette lecture. On est ravis de vous retrouver pour ce nouveau roman fauve qui agite cette rentrée littéraire de janvier. Et que d'ailleurs, vous avez lancé au sein d'un cirque. On a récupéré quelques images, c'est assez inhabituel.

[00:01:44] Speaker 1: Oui, j'avais envie de plonger les lecteurs vraiment dans l'ambiance du roman. Sous ce chapiteau, au sein de cette famille qui est une famille tzigane. Et qui travaille encore à l'ancienne. C'est ça. Comme dans mon roman. Donc, on y était à 100%.

[00:02:01] Speaker 2: Alors, ce roman, justement, vous nous propulsez donc sous le chapiteau d'un cirque dans les années 80, à l'époque où les lions et les panthères étaient encore utilisés dans les numéros de dressage. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cet univers du cirque ?

[00:02:15] Speaker 1: Alors, j'avais envie depuis quelque temps d'écrire un roman sur la violence qui viendrait un petit peu expliquer comment naît la violence, comment elle se transmet. Mais je ne trouvais pas d'univers pour venir faire prendre vie à ce roman. Et puis, un jour, je lisais un livre pour enfants à mon fils sur l'univers du cirque. Et il y avait cette page sur les docteurs de fauves qui se retrouvent dans l'arène, qui risquent leur vie chaque jour, plusieurs fois par jour, parfois. Et je me disais, mais qui peut avoir envie d'être là chaque jour ? Qu'est-ce qu'un homme peut avoir besoin de se prouver pour faire face ? Pour avoir besoin de se prouver pour faire face à la sauvagerie des fauves ? Et tout de suite, les deux idées se sont connectées. Et j'ai compris que j'écrirais ce roman sur la violence et que mon jeune homme, qui serait à la sortie de l'enfance, au début de l'âge adulte, il intégrerait un cirque et qu'il entrerait dans l'arène.

[00:03:12] Speaker 2: Voilà, c'est le point de départ de ce récit d'apprentissage, si je peux le qualifier comme ça. Il s'ouvre sur la fuite d'un jeune homme de 17 ans, Tony, en rupture avec sa famille, dysfonctionnelle et violente. Et il va trouver refuge dans un petit cirque itinérant pour proposer ses services.

[00:03:31] Speaker 1: C'est ça. Il se retrouve littéralement à la rue suite à une dispute avec son père. Et il n'a pas d'attirance particulière pour le monde du cirque. Il se trouve simplement sur un banc, ivre mort. Quand le chapiteau d'un cirque est en train d'être démonté, il voit les camions qui se préparent à partir et il comprend que c'est sa seule chance d'avoir un toit sur la tête ou en tout cas d'avoir une échappatoire. Et donc, il propose ses services en se disant, voilà, pendant quelques semaines, il faut que je reste à l'écart de mon père. Je ne peux pas revenir tout de suite après ce qui s'est passé. Une très violente altercation. Et donc, voilà comment il intègre cette famille Poulko et cette communauté de Zyganes. Un petit peu par hasard.

[00:04:10] Speaker 2: Alors lui, c'est un gajo, un étranger dans ce monde-là. Il va devoir s'intégrer dans cette communauté très soudée des Zyganes saltamanques du cirque Poulko. Et vous brossez une galerie de personnages ou en couleurs. Alors Tchavo, on l'a entendu dans la lecture, le padré et dompteur. Sabrina, sa compagne plus jeune que lui, est guérisseuse. Il y a les jeunes, il y a les anciens. Une logique de clan. J'ai trouvé que vous tiriez particulièrement bien votre fil en tenant le lecteur en immersion. Quel a été pour vous le plus grand défi d'écriture ?

[00:04:45] Speaker 1: Eh bien, ça a été vraiment de pouvoir pénétrer le monde du cirque et les coulisses du cirque parce que... Le cirque, les spectacles, on peut avoir autant d'images qu'on veut. On peut connaître cet aspect-là. Mais la partie vraiment vie en communauté, dans des communautés qui sont quand même très fermées, avec leurs propres règles, leurs propres codes, c'était pas évident. Et donc, voilà, avoir accès via des documentaires, des livres, à cette partie-là du monde du cirque, c'était pas évident. Mais je pense que le plus difficile, c'est de se mettre dans la tête des animaux. Parce que j'essaye de me mettre à l'intérieur de chacun des personnages que je décris. Et là, il y a six personnages qui sont des tigres, des lions et une panthère. Et c'est un exercice vraiment pas facile d'essayer de comprendre leurs raisonnements et de ne pas les réduire à de simples objets qu'on dépose sur des tabourets dans l'arène, mais vraiment leur donner vie.

[00:05:39] Speaker 2: Justement, j'aimerais que vous me disiez un mot de cette panthère nébuleuse, bien difficile à dompter. Qu'est-ce qu'elle représente dans le récit ?

[00:05:48] Speaker 1: Je pense que la panthère, donc Asia, elle s'appelle Asia, elle vient un petit peu faire écho aux femmes du roman. Elle est très, très, très liée à Sabrina, qui est donc la femme du patriarche qui l'a élevée comme un bébé, cette petite panthère. Et elle est un peu une prolongation de Sabrina. Sabrina projette beaucoup de choses sur cette panthère. À un moment donné, elle dit, tu te rends compte, elle est libre là. Elle pourrait s'enfuir et elle ne le fait pas, elle reste. Et Asia, la petite panthère, elle vient signifier la condition de ces femmes qui sont nées dans ce clan, dans ces roulottes, qui sont sous emprise d'un système très patriarcal, encore très genré. Et puis plus tard, Tony va devenir le dresseur de cette panthère et elle va un petit peu venir lui montrer son reflet. C'est lui, enfant, qui va apprendre à décrypter et à connaître à travers Asia.

[00:06:42] Speaker 2: Alors la violence, vous en parliez aussi, elle est bien présente dans cette histoire. Violence familiale, violence envers les animaux. Oui. Le récit pose la question, qui sont les fauves finalement ? Et qui est réellement en cage ? Comment se défaire d'un passé violent ? Vous ne jugez pas, mais vous avez prononcé le mot, vous dénoncez le patriarcat.

[00:07:04] Speaker 1: Oui, complètement. Je ne juge pas, j'avais besoin de comprendre en fait. Écrire m'aide à disséquer, à étudier très profondément. Et pour moi, il n'y a pas de bourreau et de victime dans le sens où le bourreau de ce roman est un enfant brisé par la violence lui-même. Tony, ce n'est pas quelqu'un qu'on... On pourrait le détester, c'est juste un enfant brisé, qui a été élevé dans la violence, par la violence et qui reproduit malgré lui, qui passe sa vie à essayer de ne pas reproduire. Mais il y a quelque chose qui est plus fort, un déterminisme qui s'ancre dès l'enfance et qui est plus fort que tout. Et le vrai fautif, c'est le système qui encourage ça. Chaque bourreau ici est simplement une victime qui a subi et qui subira. Et finalement, les hommes les plus violents de ce roman n'auront pas de belles fins. Ils seront eux-mêmes des victimes.

[00:08:00] Speaker 2: Merci, Melisade Acosta-Fauve, publié aux éditions Albain Michel. D'ailleurs, votre premier roman, Tout le bleu du ciel, avait été vendu à plus d'un million et demi d'exemplaires. C'est un premier roman qui a déjà été adapté à la télévision avec les comédiens Hugo Becker et Camille Lou. Je crois que tous vos romans sont en cours d'adaptation. Fauve pourrait suivre le même chemin. Est-ce que vous écrivez en ayant en tête des scènes filmées ?

[00:08:27] Speaker 1: Alors, j'écris en ayant en tête des scènes, mais pas forcément... Je ne projette rien à l'écran. C'est vraiment des scènes dans ma tête. J'ai une façon d'écrire très cinématographique. Après, je rêverais évidemment de voir Fauve sur écran. J'ai déjà des scènes. J'ai déjà des scènes très, très précises avec des bancs de son. C'est génial.

[00:08:50] Speaker 2: Vos livres sont traduits en plus de 40 langues. Savez-vous dans quel pays vous êtes la plus lue ou dans quelle langue vous êtes la plus lue ?

[00:08:58] Speaker 1: Je sais qu'il y a un très gros succès aux Pays-Bas et en Italie. Et puis, il y a des pays dans lesquels certains de mes livres arrivent juste, en fait. Et où ça fonctionne très fort aussi. Je pense à la Pologne aussi où il y a un petit succès qui commence à s'installer.

[00:09:18] Speaker 2: Vous avez aussi un nouveau rôle, j'ai vu, ambassadrice de l'UNICEF pour lequel vous avez publié en 2023 La Feuseuse d'Étoiles, une longue nouvelle inédite. 500 000 euros ont été récoltés. Ils ont été investis dans des programmes d'éco-villages à Madagascar. En quoi consiste votre engagement ? Et est-ce que vous aurez de nouvelles missions comme ambassadrice ? Eh bien, j'espère.

[00:09:42] Speaker 1: J'espère pour l'instant. Mon engagement s'est traduit à travers cet ouvrage, La Feuseuse d'Étoiles, dont les fonds ont été reversés, comme vous l'avez dit. J'ai été également marraine d'un concours littéraire pour récompenser des romans jeunesse qui viennent éveiller les consciences des enfants pour en faire de futurs citoyens engagés. Et il y aura évidemment d'autres missions que je ne connais pas aujourd'hui. Mais voilà, je suis prête à donner de mon temps, en tout cas.

[00:10:07] Speaker 2: C'est super. Et puis, votre rythme d'écriture. C'est certainement un nouveau livre en préparation. Ou je me trompe ? Oui, oui, bien sûr.

[00:10:14] Speaker 1: En tout cas, un premier jet est déjà prêt. Et puis, il sera retravaillé.

[00:10:20] Speaker 2: C'est impressionnant. On a l'habitude de demander leur coup de cœur culturel à nos invités dans cette émission. Le vôtre, c'est la pièce de théâtre aux Cinq Molières de Jean-Philippe Daguerre, Du Charbon dans les Veines. Qu'est-ce qui vous a touchée ?

[00:10:35] Speaker 1: Qu'est-ce qui m'a touchée ? Eh bien, c'est cet univers, à la fois sombre, très pauvre, mais plein d'une humanité qui éclate, qui saute au visage. Les personnages, les thématiques, ce déterminisme aussi contre lequel on essaye de lutter. Et puis, l'amour qui triomphe de tout.

[00:10:57] Speaker 2: Du Charbon dans les Veines jusqu'en mai prochain au Théâtre du Palais Royal. Merci infiniment, Melissa D'Acosta. Votre tournée de dédicaces pour faux, vos éditions Albain Michel continuent. Bon vent à vous. Cette émission est à retrouver sur france24.com et tous nos réseaux sociaux. À très vite. On se quitte donc avec un extrait de Du Charbon dans les Veines. À très vite. Oublie pas ton Vlad. Mon Vlad, il passe entre toi et ton fils. Où est la Molière ? C'est ta fiancée qui va être jalouse si elle te voit caresser ta jonjon comme ça. Pour qu'elle soit jalouse, il faut d'abord que j'en trouve. On a vu tout le temps que tu passes ici. Les poissons savent nager. Les pigeons savent voler. Les mineurs, ils savent que le soleil n'existe pas. Ouais . Il n'y a rien eu à faire. Il n'y a rien eu à faire. Ils ont voulu être mineurs comme leur père. Tu vas jamais être au cimetière. Jamais. Vu le temps que je vais y passer dans pas longtemps.

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Arow Summary
Interview with bestselling French novelist Mélissa Da Costa about her ninth novel "Fauve," set in a 1980s itinerant circus using big cats. She explains her interest in exploring how violence is born and transmitted through family and patriarchal systems, and why the circus—especially the dangerous work of animal trainers—provided the right arena. The protagonist Tony, 17, flees a violent home and joins a tight-knit Romani circus clan as an outsider, confronting both human and animal “fauves.” Da Costa discusses research challenges, particularly depicting the closed community life and giving inner life to the animals. The nebulous panther Asia mirrors the condition of women in the clan and becomes a reflective counterpart for Tony. Da Costa frames perpetrators as often broken children shaped by determinism, emphasizing systemic causes over moral judgment. The conversation also touches on her cinematic writing style and ongoing adaptations, international readership, her UNICEF ambassadorship and fundraising project, her fast writing rhythm with a new draft underway, and her cultural recommendation of the play "Du Charbon dans les Veines."
Arow Title
Mélissa Da Costa on 'Fauve': Circus, Big Cats, and Cycles of Violence
Arow Keywords
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Arow Key Takeaways
  • "Fauve" uses a 1980s circus with big-cat acts to examine how violence emerges and is transmitted across generations.
  • The protagonist Tony is an outsider who joins a Romani circus clan after fleeing a violent family, framing the novel as an initiation/coming-of-age story.
  • Da Costa aimed to portray animals as full characters; imagining the animals’ inner lives was her biggest writing challenge.
  • The panther Asia symbolizes and echoes women’s constrained freedom in a patriarchal clan and becomes a mirror for Tony’s own childhood wounds.
  • The novel avoids simplistic blame, depicting abusers as often shaped by earlier trauma and highlighting systemic, patriarchal structures as the deeper culprit.
  • Da Costa’s writing is cinematic; multiple works are being adapted, and she hopes "Fauve" will be too.
  • She reports strong international readership notably in the Netherlands and Italy, with growing success in Poland.
  • Her UNICEF role included a fundraising novella supporting eco-village programs in Madagascar; more missions may follow.
  • She already has a first draft of her next book.
  • Her cultural pick is the award-winning play "Du Charbon dans les Veines" by Jean-Philippe Daguerre.
Arow Sentiments
Neutral: The tone is reflective and serious, focusing on violence, determinism, and patriarchy, balanced by professional updates and cultural recommendations without strong emotional positivity or negativity overall.
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