Iran: Doctors Describe Crackdown Amid Internet Blackout (Full Transcript)

Accounts from Iranian doctors depict mass casualties, overwhelmed hospitals and secret burials, as NGOs cite higher death tolls than official figures.
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[00:00:00] Speaker 1: Le temps pour nous, Mariam, Mariam Pirzadeh, bonjour, de faire un point sur la situation en Iran. Évidemment, cette actualité diplomatique intense a relégué au second plan ce qui se passe en Iran. Pourtant, on a quand même des nouvelles à vous donner de la situation sur place. Vous vous penchez pour nous sur les récits extrêmement difficiles à obtenir. Ça fait... Il y a deux semaines, l'Internet a été coupé. On a eu beaucoup de mal à joindre notre correspondant à Tehran, qu'on a eu par téléphone. Mais pour ce qu'il reste des autres Iraniens, c'est beaucoup plus difficile. Or, c'est très important d'avoir leurs témoignages pour comprendre ce qu'il s'est passé et ce qui se passe encore aujourd'hui.

[00:00:35] Speaker 2: Oui, exactement. Il y a encore des messages que j'ai envoyés le jeudi 8 janvier à 17h et qui restent toujours non lus. Donc la majorité des Iraniens aujourd'hui n'a toujours pas Internet. Alors voilà, on va parler des témoignages que j'ai recueillis. J'ai pu parler avec deux médecins qui sont partis d'Iran, mais qui étaient mobilisés le soir du jeudi 8 janvier, du vendredi 9 janvier au moment de la répression. Le témoignage d'un médecin qui a quitté l'Iran. Donc on va le lire ensemble. Voilà ce qu'il m'a dit. Pour des raisons de sécurité, on ne va pas diffuser sa voix, mais on a transcrit mot pour mot ce qu'il nous a raconté hier. Premièrement, l'ampleur de cette catastrophe est bien plus grande que ce qui a été révélé jusqu'ici. Deuxièmement, les médias ne montrent que le courage, la bravoure et l'héroïsme, etc. Or, la principale raison qui a poussé ces gens à s'exprimer et à descendre dans la rue, c'est la souffrance. Une souffrance qui leur fait comprendre que c'est maintenant ou jamais et tous croient que c'est vraiment maintenant ou jamais. Du moins, la communauté internationale européenne, car je sais que le président Trump ne les aide pas et va laisser faire. Et si ça ne change pas de cap, l'Iran va suffoquer. Voilà ce qu'il me disait, notamment sur comment ces révoltes ont pu être traitées dans les médias internationaux, sur la question des morts. Puisqu'il y a plusieurs bilans. La République islamique a donné pour la première fois un bilan hier de 3127 morts. Mais nous suivons depuis le début, depuis trois semaines maintenant plusieurs ONG qui arrivent à répertorier, à redonner un visage à la répression. Et le bilan est plutôt de 4902 morts et en plus de 2387 qui ne sont pas identifiés et pratiquement 27 000 arrestations. Donc la deuxième chose qu'il me dit sur ça, ce médecin, il est impossible de connaître le nombre exact de morts. La raison, c'est que beaucoup sont morts dans la rue sans avoir pu atteindre l'hôpital. Leurs familles les ont ramenés chez elles pour les soustraire aux autorités, puis les ont emmenés dans un lieu secret pour les enterrer à l'abri des regards. Par exemple, les blessures que j'ai vues étaient des blessures qui donnaient l'impression que les personnes touchées s'étaient enfouies, qu'on leur avait tiré dessus sans but précis dans la foule, de biais. Ce n'est pas le genre de blessure que l'on a pu voir par exemple dans le passé, lors par exemple d'affrontements entre des voleurs et la police. Ce que ces médecins, ces deux médecins me racontent, c'est que c'était des blessures de guerre, des scènes de chaos, des scènes apocalyptiques, avec des dizaines et des dizaines de personnes qui arrivaient, et en fait, ils ont soigné comme ils ont pu, comme en fonction de l'urgence des blessures. Ils me racontent sur ces hôpitaux notamment qui ont été submergés, par exemple, je sais, on va avoir ce troisième témoignage, par exemple, je sais que les hôpitaux privés impliqués dans cette affaire étaient saturés. Ces derniers jours, les patients sont arrivés en masse et ce n'était pas le genre d'hôpital privé qui refuse de soigner les patients tant qu'ils n'ont pas payé. Non, ces hôpitaux privés ont accepté tout le monde, même s'il s'agissait effectivement d'hôpitaux, voilà, on le voit, tous les hôpitaux disaient qu'ils ne voulaient pas, les médecins disaient qu'ils ne voulaient pas gagner d'argent, que les soins devaient être gratuits et que les patients devaient être à l'aise, mais le nombre de blessés était tellement élevé que les équipes médicales étaient débordées. Il me fait état également d'un de ses collègues à l'hôpital où il travaillait, l'un des hôpitaux publics de Téhéran, qui a été tué sur le chemin alors qu'il se rendait au travail. Rendez-vous compte, donc, on est jeudi soir, ils n'ont plus Internet, les communications sont coupées, donc c'est très compliqué de joindre les médecins pour leur demander d'arriver en urgence pour traiter cet afflux de personnes touchées par balle. Les deux médecins avec qui j'ai pu parler me disent qu'il y avait tous les âges, qu'ils ont opéré, par exemple, un homme de 70 ans qui avait été atteint dans le dos, des enfants, des adolescents de 14 ans, et vraiment des scènes qu'ils disaient n'avoir vues que dans les films jusqu'à présent. Tous ceux qui devaient mourir sont morts, tous ceux qui avaient besoin d'une opération, on les a opérés. Mais à partir de minuit, jeudi, le type de blessure a changé, c'était des balles de guerre. C'était comme s'ils avaient reçu l'ordre de tirer sur tout le monde parce que c'était la guerre. J'étais encore au bloc opératoire à 2h du matin, vendredi, quand ils ont appelé pour dire qu'un blessé était arrivé avec une balle de guerre. Et à partir de ce moment-là, il n'y a plus que des balles de guerre. Et c'est exactement ce qu'on a pu voir dans les vidéos qui ont pu émerger d'Iran, ces fusils, ces mitraillettes, ces chars également qui étaient déployés dans les villes d'Iran. Et il y a même un médecin qui m'a donné ce récit qui fait froid dans le dos, c'est comme si les autorités avaient donné un permis de tirer et de tuer à toutes les forces de sécurité. On me fait état également de Basij, cette force qui réprime très jeunes, des jeunes hommes de 14, 15 ans, 16 ans qui sont déployés, des Irakiens, des Afghans également qui étaient déployés dans les rues. Donc c'est une situation sécuritaire extrêmement importante. Je rappelle le bilan de HRANA, une ONG qui est basée à l'étranger, mais qui est très fiable sur les chiffres en Iran, qui a pu identifier 4902 morts, qui doit encore identifier 9387 personnes qui ont disparu et 26541 arrestations. Voilà ce qu'on peut dire. En tout cas, pour le bilan, effectivement, il est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus élevé que les chiffres pour le moment que donnent les ONG.

[00:06:04] Speaker 1: Qui sont déjà, là aussi, très lourds. Un mot de ce qui se passe aujourd'hui. Aujourd'hui, je disais en introduction, c'est très difficile de contacter les Iraniens, même nos correspondants à Téhéran. Il se passe quoi aujourd'hui ? La contestation a l'air tombée ?

[00:06:19] Speaker 2: En fait, la contestation, non. La colère, elle est extrêmement importante puisque chaque personne avec qui je peux parler me dise la même phrase. On connaît tous quelqu'un qui a été tué ou qui a été blessé ou qui a été arrêté. Donc c'est dire l'ampleur, effectivement, de la répression. Il y a des journalistes, notamment deux journalistes iraniennes, très courageuses, qui ont publié sur Instagram, notamment des nouvelles, en disant que la ville était en deuil, que le pays était mort, qu'il y avait sa santé, la mort partout. Ce sont des mots extrêmement forts. Ce qui se passe actuellement, c'est que les enterrements de ces personnes qui ont été tuées doivent se faire dans le plus grand secret parce qu'il y a des forces de sécurité qui sont très déployées puisque la République islamique a très très peur que ces funérailles deviennent des manifestations politiques, ce qui est le cas. Hier, notamment, il y a quelques jours, il y a une vidéo qui a été filmée lors d'un enterrement où on entend des personnes crier des slogans contre la République islamique, mais parallèlement les entendre chanter, les entendre applaudir, puisque c'était une personne, un jeune homme très jeune qui avait été tué. Donc, beaucoup de magasins fermés. Une très très grande dépression et une très grande tristesse qui s'est abattue sur les Iraniens puisque quand ils arrivent à se connecter sur Internet, c'est très peu de temps, peut-être 5 minutes, mais du coup, ils arrivent à voir les images que nous, nous avons eues, mais dont ils ont été privés par les autorités. Et surtout, ce qui est très compliqué, c'est de savoir quand Internet va être rétabli. Ça coûte plusieurs millions de dollars par jour à l'Iran, ces coupures Internet. Et il y a cette épée de Damoclès, effectivement, des autorités qui disent peut-être demain, peut-être après-demain, donc un stress supplémentaire. Et évidemment, avec ce que vient de dire Donald Trump sur l'Iran, qu'il allait négocier avec la République islamique, c'est une chape de plomb supplémentaire pour les millions d'Iraniens là-bas.

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Two speakers discuss the situation in Iran amid an internet shutdown that makes on-the-ground reporting and contacting sources extremely difficult. A journalist relays anonymized testimonies from two doctors who worked during the crackdown beginning Thursday 8 January and then left Iran. The doctors describe mass casualties, hospitals (public and private) overwhelmed, and a shift to live war ammunition after midnight, with injuries resembling battlefield wounds. They claim many deaths never reached hospitals and families buried victims secretly to avoid authorities, making exact tolls impossible. Competing death and arrest figures are cited: the Islamic Republic reportedly acknowledging 3,127 deaths, while NGOs (including HRANA) estimate around 4,902 deaths, thousands missing/unidentified, and roughly 26–27k arrests. Despite reduced street protests, anger remains high; many know someone killed, injured, or arrested. Funerals occur under heavy security to prevent them becoming demonstrations. The country is described as in mourning, with widespread depression and fear, compounded by uncertainty over when internet service will return and by international politics, including comments attributed to Donald Trump about negotiating with the Islamic Republic.
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Iran: témoignages de médecins sur la répression et l’isolement numérique
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Arow Key Takeaways
  • L’accès à l’information est fortement entravé par une coupure d’internet prolongée, rendant les témoignages rares et risqués.
  • Des médecins décrivent une répression d’ampleur, avec des hôpitaux débordés et des blessures comparables à des scènes de guerre.
  • Les bilans de morts et d’arrestations divergent fortement entre chiffres officiels et estimations d’ONG; beaucoup de décès seraient non documentés.
  • Les familles enterreraient des victimes en secret pour éviter les autorités, compliquant tout décompte fiable.
  • La contestation semble moins visible dans la rue mais la colère et le deuil restent omniprésents; les funérailles peuvent se transformer en actes politiques malgré la surveillance.
  • L’incertitude sur le retour d’internet et la dimension diplomatique internationale ajoutent un stress et un sentiment d’étouffement.
Arow Sentiments
Negative: The tone is grim and urgent, emphasizing suffering, mass casualties, repression, fear, mourning, and the isolation caused by the internet blackout.
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