[00:00:00] Speaker 1: On va prendre les images en direct du Forum économique de Davos où Emmanuel Macron s'apprête à prononcer son discours. On écoute tout de suite le chef de l'État français. Excellences, chefs d'État, M. Lagarde, ministres, ambassadeurs, chefs d'entreprise, mesdames et messieurs, je suis particulièrement heureux d'être parmi vous aujourd'hui. Il fait bon d'être ici, comme le dirait le Financial Times, en ces temps de paix, de stabilité et d'imprévisibilité. Alors voyons ensemble quels sont les grands défis de ce monde dans les quelques minutes qui me sont imparties. C'est vrai que nous arrivons à un point d'instabilité. Que ce soit au niveau de la sécurité, que ce soit au niveau de la défense, que ce soit au niveau économique, regardons où nous en sommes. Nous avons connu une transition vers l'autocratie, plus de 60 guerres en 2024, un record absolu, même si j'ai bien compris, certains de ces conflits ont été résolus, les conflits se sont normalisés, hybridés, ils se sont étendus à de nouveaux domaines, l'espace, le numérique, l'information. Le cyberespace. Une évolution vers un monde sans règles, où le droit international est bafoué et où la seule loi qui semble compter est celle du plus fort. Les ambitions impériales qui refont surface, la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine qui entrera dans sa quatrième année, le mois prochain, les conflits qui se poursuivent au Moyen-Orient et en Afrique, une évolution vers un monde sans gouvernance, collectif, qui fonctionne, qui soit efficace, et où le multiralisme est affaibli par des puissances qui l'entravent ou s'en détournent, et où les règles de droit sont sapées. Je peux multiplier les exemples d'instances internationales qui ont été affaiblies ou que les grandes économies ont simplement quittées. Lorsque l'on regarde la situation aujourd'hui, c'est une situation qui doit nous inquiéter parce que nous sommes en train de détruire la structure qui peut nous aider. Sans gouvernance collective, la coopération cède la place à une concurrence acharnée. Des États-Unis d'Amérique, qui par le biais d'accords commerciaux, qui nuisent à nos intérêts, exigent des concessions maximales et visent ouvertement à affaiblir et à surbonner. Les acteurs subordonnés en Europe, combinés à une accumulation sans fin de nouveaux droits de douane qui sont fondamentalement inacceptables, d'autant plus lorsqu'ils sont utilisés comme un moyen de pression contre la souveraineté territoriale. La concurrence de la Chine également, où des capacités excédentaires massives et des pratiques de distorsion menacent de submerger des pans entiers des secteurs industriels et commerciaux. Les contrôles à l'exportation sont devenus de nouveaux outils dangereux, déstabilisant le commerce mondial, et le système international. Et la réponse, c'est plus de coopération et construire de nouvelles approches, plus de souveraineté économique, plus d'autonomie stratégique, particulièrement pour l'Europe. Donc, dans ce contexte, il y a deux approches. La première approche consisterait à accepter passivement la loi du PIB. Ce qui conduirait à une vassalisation et à une politique des blocs. Approcher une nouvelle approche coloniale n'a pas de sens. Tous les chefs d'État, de gouvernement et de chefs d'entreprise qui seraient trop complaisants auraient une immense responsabilité. La seconde consisterait à adopter une posture purement morale en nous limitant à des commentaires. Cette voie nous condamnerait à la marginalisation. La troisième consisterait à adopter une posture purement morale en nous limitant à des commentaires. Et à l'impuissance . Et face à la brutalisation du monde, la France et l'Europe doivent défendre un multiralisme efficace, car ils cèrent nos intérêts et ceux de tous ceux qui refusent de se soumettre à la loi du plus fort. Donc, c'est deux réponses avec, d'une part, plus de souveraineté, plus d'autonomie pour l'Europe et, d'autre part, un multilateralisme efficace, qui, par contre, permettrait de produire des résultats grâce à la coopération. Et bien sûr, la France et l'Europe sont attachées à la souveraineté et à l'indépendance des nations, aux États-Unis et à sa charte. Ce n'est pas une manière à l'ancienne de vivre le multilatéralisme. N'oublions pas ce que nous avons appris grâce à la Seconde Guerre mondiale. Et continuons à nous engager pour le multilatéralisme. C'est pour cette raison-là que nous avons décidé de nous joindre à l'effort pour le Groenland, simplement pour venir en aide à un allié, à un autre pays européen, le Danemark. Donc face à cet ordre, face à cette nouvelle situation, cette année, la France tient à la présidence du G7 avec une ambition claire, rétablir le G7. Comme un forum de dialogue franc entre les grandes économies et de solutions collectives et coopératives. Les guerres commerciales, l'escalade protectionniste et la course à la surproduction ne feront que produire des perdants. Et c'est pourquoi la lutte contre les déséquilibres économiques mondiaux est notre priorité. Si l'on regarde la situation aujourd'hui, les déséquilibres actuels viennent d'un certain nombre de phénomènes clés et nous avons tous notre agenda. Il y a d'abord la surconsommation américaine, la sous-consommation et le surinvestissement chinois et le sous-investissement et le manque de compétitivité européen. Ces déséquilibres se relètent également dans les écarts de développement. Nous ne pouvons plus nous contenter d'une aide qui ne donne jamais de résultats suffisants et ne permet pas au pays de sortir de la pauvreté. Donc, notre objectif dans le cadre du G7 est de démontrer que les grandes puissances mondiales, sont encore capables aujourd'hui de parvenir à un diagnostic commun de l'économie mondiale et de s'engager à prendre des actions concrètes. Coopérer, ce n'est pas rejeter la faute sur l'autre, c'est assumer sa part de responsabilité et contribuer à trouver des solutions. C'est l'objectif du G7, construire un cadre de coopération afin de mettre en place les fondations et comprendre ces déséquilibres. C'est ce que nous devons faire en essayant de restaurer une meilleure collaboration multilatérale. Construire des ponts, plus de ponts avec les BRICS, le G20 notamment. Donc, ça c'est l'agenda global. Et puis, nous avons aussi l'agenda européen. Je pense que l'Europe doit réagir. Nous devons répondre à un certain nombre de problématiques. Le manque de croissance, le manque de PIB par habitant, et les trois piliers de notre stratégie pour permettre une meilleure souveraineté, plus d'efficacité et plus de... C'est la simplification de l'investissement. Le diagnostic est bien connu. La compétitivité européenne est à la traîne par rapport aux Etats-Unis. Et lorsque nous devons réagir également à la problématique, nous devons réagir également à l'approche chinoise. Donc, d'abord, il y a la protection. La protection ne signifie pas protectionnisme. Je pense que les Européens sont aujourd'hui trop naïfs. C'est un marché unique qui est ouvert à tout le monde. Et personne ne peut accéder aujourd'hui au marché chinois comme d'autres pays ont accès au marché européen. Lorsque l'on regarde les Etats-Unis, le niveau de protection existe. Il est là pour les investissements, pour les échanges commerciaux. Les Européens sont les seuls qui ne protègent pas leurs propres entreprises et leurs propres marchés, alors que les autres pays ne respectent pas cette règle fondamentale. C'est pour cette raison-là que nous devons être beaucoup plus réalistes. Si nous voulons protéger nos industries de la chimie, que ce soit le secteur automobile et beaucoup d'autres secteurs industriels, parce qu'ils sont littéralement tués, étouffés, à cause de ce manque de respect d'un cadre normal, avec des règles partagées. L'Europe a des outils solides. Nous devons les utiliser lorsque nous ne sommes pas respectés, et lorsque les règles du jeu ne sont pas respectées. Le mécanisme anti-coercition est un mécanisme puissant. Nous ne devons pas hésiter à le déployer. Nous devons également mettre en place le concept de préférence, il y a une préférence nord-américaine qui existe. Il n'y a pas de préférence européenne. Nous sommes en train de la créer, petit à petit, dans les tout derniers documents et les toutes dernières décisions qui ont été prises. Nous en avons les tout premiers exemples. Et c'est très bien. Nous sommes en train de nous aligner avec l'Allemagne pour mettre en place un cadre ambitieux et simple. Et c'est un processus décisif, et je compte sur la Commission, pour continuer à avancer dès 2026, avec un niveau d'ambition particulièrement élevé, pour mettre en place dans tous les secteurs ce principe d'une préférence européenne. C'est une nécessité. Nous devons agir sur les importations, en matière de protection donc, et dans un contexte de tensions commerciales accrues et de surcapacité asiatique, l'Europe doit renforcer ses instruments de défense, avec les mécanismes miroirs, par exemple. Nous devons améliorer la qualité et la valeur ajoutée des investissements directs étrangers en ciblant les projets à fort potentiel d'exportation. C'est essentiel pour le rééquilibrage avec la Chine. La Chine est évidemment la bienvenue, mais ce dont nous avons besoin, c'est plus d'investissements chinois directs en Europe qui peuvent contribuer à notre croissance, au transfert de technologie aussi, et simplement pas transférer des produits européens qui, parfois, ne répondent pas aux mêmes exigences ou reçoivent beaucoup plus de subventions là-bas qu'ici. Il ne s'agit pas de protectionnisme, il s'agit simplement de règles identiques pour tous. Nous devons avoir des clauses de sauvegarde, des clauses miroirs, cette notion de préférence européenne, de protectionnisme, de protectionnisme, des encouragements dans ce sens. Cette stratégie est essentielle et en parallèle, nous devons protéger nos économies et cela demandera une stratégie résiliente tant pour les exportations que pour les exportations afin de réduire les risques liés aux chaînes d'approvisionnement. Je pense aux matières premières, je pense aux terres rares, aux semi-conducteurs, aux puces, et l'importance de diversifier nos partenaires commerciaux. La stratégie européenne doit être le pilier de la simplification. Lorsque je parle de simplification, nous avons commencé avec la CSRD, la CS3D, mais il reste encore beaucoup à faire dans d'autres secteurs. Nous l'avons fait au cours des dernières semaines dans le secteur automobile, dans le secteur de la chimie, du numérique, de l'IA, dans le secteur bancaire et j'en passe. Au cœur de cette simplification, il faut parfois se débarrasser de certaines réglementations qui ont désynchronisé les choses. Il faut aussi se débarrasser de la mobilisation entre l'Union européenne et le reste du monde. Nous devons également accélérer le renforcement du marché unique dans tous les segments. Les 450 millions d'habitants, les 450 millions d'européens consommateurs constituent notre marché domestique pour l'ensemble des entreprises européennes. Cela devrait être le cas et ce n'est pas véritablement le cas à cause de trop de complexité. Nous devons donc respecter le principe de non-discrimination. C'est un autre pilier essentiel qui permettra de simplifier les choses. Une approche neutre en matière de technologie et avec ce principe de non-discrimination. Nous avons beaucoup de discrimination, notamment je pense aux sources d'énergie. Cela est contre-productif pour les Européens eux-mêmes. Les entreprises ont un rôle important à jouer et nous, vous, devons agir ensemble. Vous devez nous aider à permettre d'identifier et concrètement nous aider à simplifier lorsque c'est nécessaire. Donc cet agenda de simplification n'est pas une discussion. Il s'agit simplement aujourd'hui de mettre en œuvre, d'aller vite et de le faire à l'échelle. Le troisième pilier de la stratégie européenne pour plus de compétitivité et plus d'autonomie également est basé sur l'investissement et l'économie. C'est l'innovation. Nous devons innover et investir beaucoup plus. L'écart de PIB entre les Américains et les Européens est énorme. Entre 60 et 70 % de l'explication vient de l'innovation. Les États-Unis ont innové beaucoup plus grâce aux investissements publics et privés. Donc dans notre budget pour les mois à venir, nous allons négocier beaucoup cette année en Europe. Nous allons devoir investir beaucoup plus dans les secteurs critiques où se trouvent l'innovation, le quantique, la green tech, l'IA, la défense, la sécurité. Notre budget n'est pas à la hauteur aujourd'hui. Nous devons investir beaucoup plus d'argent pour être plus crédibles et nous devons accélérer notre agenda d'innovation. En même temps, si vous regardez la situation aujourd'hui, nous n'avons pas suffisamment d'investissements privés. Et c'est une différence très importante. Nous avons l'épargne. C'est beaucoup plus qu'aux États-Unis. Mais ces épargnes sont surinvesties dans des obligations et parfois dans des equity, mais à l'extérieur de l'Europe. C'est pour cette raison-là que nous devons d'abord avoir un programme de titrisation. Il est préparé. Nous devons aujourd'hui en accélérer la mise en œuvre. Deuxièmement, les marchés de capitaux. Et plus précisément, pour avoir plus d'intégration, plus de simplification et pour avoir un marché de capitaux qui soit efficace, une union des capitaux qui soit plus efficace. Plus investir et utiliser l'épargne pour investir dans l'innovation. Donc cet agenda est une priorité. Que ce soit au niveau mondial, que ce soit au niveau européen. Cet agenda devra être mis en œuvre au cours des mois qui viennent. Et le mot-clé, c'est l'accélération. La France s'engage sur cet agenda. Nous travaillons entre nous. Nous avons une très étroite collaboration avec nos partenaires clés. En même temps, notre objectif pour la France est de stabiliser nos résultats, notre approche macro, en restant un pays attractif. Nous sommes le pays le plus attractif depuis six ans en matière d'investissement. Et nous devons également consolider nos avantages et nos réformes. En plus de ce cadre commercial, nous devons insister ici que nous sommes fournis grâce à de l'électricité à bas carbone, avec des émissions extrêmement limitées grâce à notre industrie nucléaire. Nous avons des capacités de recherche que nous allons continuer à renforcer. Et nous avons l'un des meilleurs écosystèmes dans le domaine de l'IA, du quantique, de la transition énergétique, avec de nombreuses start-ups, de licornes, de grandes capes qui m'accompagnent d'ailleurs aujourd'hui ici à Davos. Et puis, pour terminer, j'aimerais insister sur la qualité de notre infrastructure, un grand marché avec un pouvoir d'achat fort. Et nous avons chez nous l'état de droit et continue à être à la règle. Et je pense que c'est quelque chose qui est très bien compris par le marché. Au-delà des investissements et de ce que les investissements permettent de faire, au-delà des ambitions, avoir un lieu tel que l'Europe, et parfois l'Europe, je le reconnais, peut être trop lente et doit être réformée, il n'y a pas de doute. Mais en même temps, en Europe, les choses sont prévisibles. Il y a une loyauté. Et en Europe, vous savez que c'est l'état de droit. Et à ce titre, l'Europe est un endroit où il fait bon investir. Aujourd'hui et demain. Donc, en 2026, nous allons essayer de continuer à mettre en place cet agenda pour essayer de réduire les déséquilibres mondiaux. Nous allons faire de notre mieux pour avoir une Europe plus forte. Beaucoup plus forte. Une Europe plus autonome, basée sur les piliers que je viens d'évoquer devant vous. Nous en parlerons peut-être pendant le dialogue, mais nous allons nous engager en matière de défense, de sécurité. Ces investissements sont aujourd'hui nécessaires. Nous sommes convaincus. Et je le dis aujourd'hui devant vous. Nous pensons que nous avons besoin de plus de croissance, plus de stabilité dans le monde actuel. Mais nous préférons le faire dans le cadre du respect. Nous respectons la science et nous préférons l'état de droit à la brutalité. Nous vous souhaitons la bienvenue en Europe et bien évidemment, la bienvenue en France.
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