[00:00:00] Speaker 1: Vous êtes sur France 24 et vous avez raison, bienvenue dans votre journal de l'Afrique. À la une ce soir, cette attaque sur l'aéroport de Niamey qui a été revendiquée par l'État islamique. Les autorités nigériennes, elles, accusent la France, le Bénin et la Côte d'Ivoire d'en être les commanditaires. Nous irons sur place dans cette édition. La visite d'État d'Idriss Déby à Paris. Le président tchadien a rencontré Emmanuel Macron à l'Élysée alors que Paris cherche à redéfinir ses liens avec plusieurs pays africains après une série de remises en cause de sa présence et de son influence sur le continent. Elles sont les voix d'une afro-soul francophone libre et engagée. 25 ans après leur tube Makeda, les Nubians n'ont rien perdu de leur élégance et de leur puissance. De Bordeaux à New York, du spoken word au jazz, elles tissent depuis toujours un lien profond entre l'Afrique, l'Europe. Les Antilles et la Gaspora Noire, ce soir, les Nubians sont nos invités. On ouvre ce journal par cette attaque qui a visé la nuit dernière l'aéroport de Niamey et a été revendiquée par l'État islamique. Les autorités, d'abord silencieuses, ont pris la parole et elles accusent la France, le Bénin et la Côte d'Ivoire d'en être les commanditaires. Laura Cambeau et Naomi Roche.
[00:01:21] Speaker 2: Dans ce quartier de Niamey, les habitants sont encore sous le choc. Dans la nuit de mercredi à jeudi, ils ont été réveillés par le bruit intense des tirs qui ont touché l'aéroport de la capitale.
[00:01:33] Speaker 3: C'est comme si c'était des échanges et après c'était des tirs avec des armes lourdes, comme des mortiers, et c'est des tirs répétitifs.
[00:01:44] Speaker 2: Ces clichés satellites montrent l'aéroport avant l'attaque, puis après, avec des hangars touchés. L'assaut a été revendiqué par l'organisation État islamique, selon le groupe CIT. Un peu plus tôt, l'agent au pouvoir s'était exprimé dans ce reportage diffusé par la télévision d'État. Filmé sur les lieux de l'attaque, avec autour de lui des morts et des prisonniers présentés comme les assaillants, le chef militaire du Niger a remercié les forces de l'ordre nigérienne et leurs partenaires russes pour leur aide. Il a ensuite porté de violentes accusations contre les présidents français, béninois et ivoiriens.
[00:02:21] Speaker 4: Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alassane Ouattara. Nous les avons suffisamment écoutés aboyés qu'ils s'apprêtent, eux aussi, à leur tour, à nous écouter rigures.
[00:02:45] Speaker 2: Le Niger est miné depuis une dizaine d'années par les violences djihadistes du groupe de soutien à l'islam et aux musulmans et de l'organisation État islamique, très actif au Sahel. L'attaque a fait d'importants dégâts sur la zone de l'aéroport, aéroport où sont notamment stockés 1000 tonnes de Yellow Cake, un concentré d'uranium produit par le groupe nucléaire français Orano, au cœur d'un conflit entre l'agente militaire et l'entreprise française.
[00:03:12] Speaker 1: On passe à la visite du président tchadien à Paris. Emmanuel Macron et Mahmoud Idriss Déby ont affiché leur volonté de tourner une nouvelle page dans la relation entre la France et le Tchad au menu des rencontres de la coopération bilatérale. Un contexte où, vous le savez, Paris cherche à redéfinir ses relations avec plusieurs pays africains après une remise en cause de sa présence et de son influence sur le continent. Ghislaine Alatarou.
[00:03:39] Speaker 5: Selon le communiqué conjoint publié à l'issue de l'entretien, la France et le Tchad se sont accordés sur des orientations destinées à rédynamiser leur partenariat avec un accent particulier mis sur l'économie, l'investissement et les intérêts communs. Il s'agit d'un engagement qui s'annonce après des tensions liées à la rupture des accords militaires entre les deux pays en 2025. Les discussions devraient se poursuivre dans les prochains mois afin de garantir la mise en oeuvre concrète des engagements pris par les deux parties. Sur le plan régional, Paris et N'Djaména ont affiché une vision commune sur la crise soudanaise, appelant les forces en présence à respecter la trêve humanitaire proposée par le Quad. Il plaide pour une solution. Une solution politique préservant l'unité et l'intégrité territoriale du Soudan. Un double message donc, un rapprochement stratégique entre Paris et N'Djaména et une volonté affichée de peser davantage sur les grands dossiers sécuritaires de la région.
[00:04:44] Speaker 1: On passe au reste de l'actualité en bref et en images. Alassane Tigri a été arrêté pour complot contre l'autorité de l'État. L'ancien ministre est figure de l'opposition béninoise. Proche parent de l'auteur d'une tentative de coup d'État déjouée en décembre dernier à Cotonou. Au Mali, c'est un convoi de plusieurs dizaines de camions-citernes qui a été incendié lors d'une attaque attribuée aux djihadistes du JNIM. Plusieurs militaires et assaillants ont été tués. Une nouvelle intensification des offensives de ce type après plusieurs semaines d'accalmie. Les partis politiques dissous au Burkina Faso. C'était la volonté du régime militaire au pouvoir qui a déjà suspendu les activités des partis depuis 2022. Depuis son arrivée à la tête du pays, le capitaine Traoré, à la faveur d'un coup d'État, a sévèrement accru la répression des voix dissidentes. On passe à notre page culture de ce vendredi avec deux princesses, deux voix, deux sœurs, deux artistes. Le duo franco-cambonnais, les Nubians, qui ont marqué à elles deux. Les esprits, dans les années 90, avec leur new soul afropéenne. Une musique métissée, profondément engagée. Elles ont conquis les États-Unis avec un album en français. Et chose rare à signaler, travailler avec les plus grands noms du jazz, des musiques africaines, tout en restant fidèles à leur essence, celle des femmes noires, puissantes artistes et citoyennes du monde. Merci Hélène et Célia Fossard. Merci, merci et bienvenue aux princesses Nubian dans votre JTA. C'est un plaisir de vous avoir toutes les deux. Merci pour l'invitation.
[00:06:25] Speaker 6: Merci de nous recevoir.
[00:06:26] Speaker 1: Alors ça me fait plaisir, je me disais, en réécoutant, parce qu'évidemment, ça m'a fait un grand plaisir de vous écouter, évidemment, de vous réécouter à nouveau. Et en réécoutant les textes, je me disais à quel point vous aviez été avant-gardiste sur les thèmes, sur les prises d'opposition, il y a déjà plus de 25 ans. Qu'est-ce que ça vous fait, en repensant à ça, justement ?
[00:06:51] Speaker 6: Moi, je pense que c'est... Ça nous fait dire que la vision était juste. C'est ce dont on avait besoin. Enfin, c'est ce dont on pensait que le monde avait besoin. C'est ce qui nous intéressait. C'est ce qu'on avait envie de proposer au monde. C'est le monde de demain qu'on faisait aujourd'hui, qu'on voulait voir arriver. Et 25 ans après, de voir que c'est la conversation actuelle, qu'il y a des choses qui ont avancé et qui se sont réalisées. Oui, oui, oui. Je pense qu'on est très heureuses, Hélène et moi, quand on parle toutes les deux, de se dire...
[00:07:26] Speaker 1: On avait vu quelque chose . On avait vu quelque chose. Et alors, Hélène, pour vous, est-ce que c'était... Voilà, ça vous fait... Vous vous dites que les choses ont avancé, que ça va mieux en France, parce qu'il faut rappeler aussi que vous avez vécu aux Etats-Unis.
[00:07:40] Speaker 7: Oui, oui, oui. Certaines ont avancé, d'autres non. D'autres non. Je trouve absolument fou que 25 ans plus tard, Rokhaya Diallo soit obligée de faire un papier sur le statut des artistes racistes. C'est ce qu'on a précisé en France. Donc, c'est qu'il y a toujours un problème à ce niveau-là. Et on a fait partie, je pense, de ces artistes qui ont été quelque peu... Pas mis de côté, mais bon, on a dû faire un chemin différent. Et je me dis, 25 ans plus tard, que d'autres artistes après nous vivent le même schéma. C'est compliqué. Enfin, voilà. Donc, ça n'avance pas tant que ça, en fait. Oui, bon. Ça avance, mais à petit pas, on va dire. Oui, oui. On va aller un peu plus vite, quand même. Tout à fait.
[00:08:24] Speaker 6: En fait, par rapport à la France, mais après, par rapport à la diaspora, par rapport à nous qui avons beaucoup fréquenté les Américains, par exemple, les Noirs américains, de savoir qu'ils voyagent beaucoup plus. Alors, même si toutes les conversations diasporiques ne sont pas encore forcément optimales, en tout cas, il y a cette conversation, il y a ces voyages et ces rencontres.
[00:08:42] Speaker 7: C'est bon, en tout cas, qu'on a essayé de jeter, justement, inter-diaspora. Aujourd'hui, grand succès de voir que, voilà, la conversation est là. Mieux encore, les voyages ont lieu, les rencontres se font et il y a construction. En ça, très heureuse de voir que ça se passe.
[00:09:00] Speaker 1: Alors, je propose d'ailleurs qu'on réécoute un petit bout de Maqueda pour se remettre dans l'oreille ce que c'était les Nubians.
[00:09:11] Speaker 5: On l'écoute.
[00:09:43] Speaker 1: Ce succès fou, Maqueda, en 98, qui vous a propulsé aux Etats-Unis, partout. Et il faut comprendre, quand même, que c'était des chansons en français qui ont eu un succès énorme aux Etats-Unis. À l'époque, c'était incroyable et du jamais vu. Alors, il y a eu, évidemment, Edith Piaf, il y a eu d'autres, et Aznavour, d'autres exemples, mais bien plus anciens. Comment vous avez vécu ce succès incroyable ?
[00:10:10] Speaker 7: De façon incroyable, tout simplement. C'est vrai qu'au départ, quand on a entendu que beaucoup d'unités se vendaient aux Etats-Unis, on a cru que c'était donc des francophones, des francophones. Ou des expats français, quoi. Et quand on est arrivés sur place, et qu'on a vu que non, en fait, c'était tout le monde, c'était l'Afro-Amérique en particulier, et notamment à travers le réseau des universités. On rend à chaque fois hommage à W.H.U.R., la radio de Howard University, qui nous a reçus pour la première fois, et où nous avons découvert que notre public ne savait même pas quelle langue nous chantions, mais ils demandaient la chanson repeat, on repeat. Et donc, de voir que notre musique, elle a pu être aimée, comprise, sans les mots. Et je me dis, c'est là où on a réussi un truc, parce que notre musique a parlé plus fort que nous, en fait.
[00:11:08] Speaker 1: La musique, toutes les influences, jazz, spoken word, que ce soit de l'Afrique, de l'Europe et de l'Amérique, j'ai envie de vous demander, justement, quelle place l'Afrique a eu, sachant que vous êtes franco-cameroonaise, que vous avez vécu au Tchad, voilà, donc on ne l'a pas dit assez souvent, et que les Antillais pensent que vous êtes antillaise. Tout à fait. Tout le monde pense que vous êtes... Et que je vise en Guadeloupe, par exemple. Exactement.
[00:11:34] Speaker 6: Que les Éthiopiens pensent qu'on est éthiopiennes, pour chanter leur règle.
[00:11:38] Speaker 7: Mais oui, donc ça veut dire que c'est réussi, finalement. Tout à fait. Nous sommes les enfants d'une grande panafricaniste qui était notre maman.
[00:11:46] Speaker 6: Donc voilà, oui, nous sommes panafricanistes, diasporiques, parce que c'est un mot à la mode maintenant, et oui, j'ai l'impression qu'on a réussi quand même à faire ça. On s'est présentés comme ça, et on a été reçus et acceptés en tant que tels. Et oui, c'est ce monde-là que nous avons voulu créer, avec l'Afrique au centre. Nous, on a grandi en Afrique, notre mère est notre mère. On dit que, chez nous, on dit que la mère, c'est ton... C'est celle qui... qui t'élève en premier. Donc oui, notre mère est camerounaise, donc on a grandi avec l'Afrique, et surtout aussi, on s'est rendu compte que, très rapidement, en allant de plus en plus en France, on s'est rendu compte à quel point la perception de l'Afrique était négative, misérabiliste, etc. Et nous, on s'est dit, ben non, non, c'est pas notre Afrique. On ne voulait pas que les générations, dans notre jeunesse, que nos générations d'Afropéens, parce que pour nous, c'était important de s'appeler Afropéens, on ne voulait pas qu'ils grandissent avec des complexes. On trouvait, ma mère a toujours dit, la mode africaine est formidable, c'est le vrai luxe, on fait nos tenues...
[00:12:59] Speaker 7: Sur mesure. Sur mesure. C'est ça, le vrai luxe.
[00:13:02] Speaker 6: Que naturel, tu es plus belle, cheveux naturels, voilà, donc c'est vraiment toutes ces lignes-là qu'on a développées, avec notre mixité, de toute façon, puisque oui, nous chantons en français, il y a de la musique classique aussi, des titres comme Amour à mort, dans notre musique, et je pense que notre musique nous ressemble, l'afropéenne, Soul afropéenne.
[00:13:25] Speaker 1: Soul afropéenne, absolument, elle vous ressemble. Parlons de la réédition, justement, des deux premiers albums. Qu'est-ce qu'on va... Qu'est-ce qu'il va y avoir, justement ? Peut-être que pour les nouvelles générations, et je trouve que vous allez vous régaler, les nouvelles générations, vous avez moins de 25 ans que vous ne connaissez pas les nouvelles, vous allez vous régaler, à quoi elles peuvent s'attendre ? Les vinyles sont d'abord magnifiques.
[00:13:47] Speaker 7: On a toujours mis un point d'honneur sur l'image, la façon dont on se représentait au monde, et on a travaillé avec des gens relativement talentueux, notamment 360 et Thibaut de Langeville, et donc le travail du premier album et du deuxième album, c'est cette connexion. Le scarabée, c'est Thibaut, quelque part, qui avait trouvé le logo des Nubians, et on a mis énormément d'amour à créer ces albums, ces pochettes, ces liners, ce qu'on ne lit plus, ce qu'on ne voit plus dans le streaming, on ne sait plus qui a joué la basse, qui a joué la guitare, qui a touché le clavier, les studios, il y a tout, les pochettes sont belles. On pourra découvrir tout ça dans les vinyles. Les disques, les vinyles eux-mêmes, sont deux couleurs, différents selon le premier et le deuxième album, donc très heureuses de cette réédition.
[00:14:38] Speaker 1: Et ils pourront le découvrir, on vous incite vivement tous à découvrir ces nouvelles rééditions des albums des Nubians. Merci beaucoup d'être venus, dans le JTA de France 24, c'était un plaisir, un honneur pour nous. Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde, qu'ils soient de Yaoundé à New York, en passant par Niaména, Bordeaux. Voilà, restez avec nous car l'actualité continue sur France 24.
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