[00:00:00] Speaker 1: On va vous parler de la nuit de la solidarité qui a lieu ce soir à Paris, de l'explosion du sans-abrisme en France. On va en parler avec vous Florence Gaillard. Bonjour Florence. Bonjour Elisabeth. Vous travaillez pour le magazine de France 24, C'est en France. Et aujourd'hui vous nous parlez de cette nuit, cet événement. Qu'est-ce que c'est exactement ? En quoi ça consiste ?
[00:00:19] Speaker 2: Alors ce soir, ce jeudi 22 janvier, c'est la 9e édition de la nuit de la solidarité. Qu'est-ce que c'est ? Une opération de la ville de Paris pour mieux connaître les besoins des gens, des personnes sans-abris. Et pour changer le regard sur l'exclusion. Pourquoi ? Parce que vous vous souvenez de la promesse d'Emmanuel Macron qui avait promis de loger tous les SDF, tous les sans-abris. Et bien figurez-vous qu'en 10 ans, le nombre de sans-abris en France hexagonale a doublé. La Fondation pour le logement estime à peu près à 350 000 le nombre de SDF en France hexagonale. C'est 20 000 de personnes en plus qu'en 2023. Et pour vous donner un autre chiffre très triste, en 2024, près de 1000 personnes sont décédées dans la rue. En France. En France hexagonale.
[00:01:00] Speaker 1: Voilà, des chiffres évidemment qui font froid dans le dos. C'est un phénomène qui touche désormais des familles et donc des femmes et des enfants.
[00:01:08] Speaker 2: Au moment où on parle, Elisabeth, au moment où on se parle, vous et moi, des centaines d'enfants dorment dans des écoles transformées en refuges. Dans la ville de Lyon, il y a un collectif qui s'appelle Jamais Sans Toi, T-O-I-T, qui tire la sonnette d'alarme et qui a d'ailleurs interpellé la préfecture du Rhône, où se trouve Lyon. Préfecture du Rhône qui reconnaît qu'il y a une saturation du système, d'hébergement d'urgence, même le plan Grand Froid ne suffit pas, parce que les personnes qui trouvent une place dans ces refuges, eh bien ne les quittent pas vers d'autres solutions plus pérennes. Alors nous, à C'est en France, à Paris, Jonathan Walsh et moi-même, nous allons aller à la rencontre de deux SDF, dont Valérie, qui nous a raconté son parcours et sa descente aux enfers à l'âge de 60 ans, après un divorce, elle décède de ses parents et le Covid. On va écouter tout de suite Valérie qui nous explique sa vie actuellement.
[00:01:59] Speaker 3: Après le Covid, on a arraché notre société, moi-même aussi, mais j'ai donné ma niaque. Et au bout d'un moment, on est fatigué. On est fatigué, donc j'ai eu un arrêt de travail, deux arrêts de travail. Et après, un jour, personne ne prenait de mes nouvelles, plus de 30 ans de boîte. Je me suis dit mais pourquoi tu y vas ? Donc, je n'ai pas envoyé d'arrêt de travail, j'ai rien fait du tout. Et j'ai reçu un courrier plus d'un mois après en disant, pas de nouvelles, pas d'arrêt de travail, donnez-nous de vos nouvelles, sinon c'est abandon de poste. Eh bien, j'ai répondu en lettres commandées, j'accepte le terme abandon de poste.
[00:02:42] Speaker 2: Pour Valérie, c'est le point de bascule. Sans ressources financières, elle ne paye plus son loyer.
[00:02:50] Speaker 3: Un vendredi, en juin, vous arrivez chez vous à plus de 22... Il était quoi ? 22... 20h30. Et là, vous voyez que ce n'est plus votre serrure, vous voyez que vous avez un papier plié quand même, en disant, vous n'avez plus le droit de rentrer, vous êtes expulsé, sinon vous avez le droit à une amende. Et un vendredi soir, qu'est-ce que vous voulez faire ? Vous n'avez plus rien, je me retrouve dans la rue avec mon sac. En me disant, mais qu'est-ce que je fais ?
[00:03:24] Speaker 1: Est-ce que cette dame, Valérie, a réussi à s'en sortir, Florence ?
[00:03:27] Speaker 2: Alors, aujourd'hui, Valérie... Elle n'a toujours pas d'adresse pérenne. Elle travaille avec une assistante sociale pour essayer de se retrouver une place. Ce qu'elle voudrait, c'est reprendre du travail et avoir une place dans une pension de famille ou un logement social. Mais on est en pleine crise du logement en France. Et ces places dans les logements sociaux sont très difficiles à obtenir. Maintenant, dans son malheur, Valérie, elle connaît tous les foyers d'accueil. Et elle connaît toutes les associations de jour, de nuit. Et c'est l'une de ces associations qui nous a ouvert ses portes. La Mide Pain, qui est une association de quartier dans le 13e arrondissement. Elle accueille chaque jour près de 1500 personnes dans ses différentes structures. Et dans ces structures, il y a notamment un refuge pour les hommes qui ont de longs parcours de rue, parfois 10 ou 20 ans, et qui ont besoin de temps pour se reconstruire et de soutien et d'aide. Et c'est le cas de Romain, qu'on va tout de suite écouter et regarder aussi.
[00:04:22] Speaker 4: Un peu mal aux dents.
[00:04:23] Speaker 2: Un peu mal aux dents. Et est-ce que tu as vu avec Katia pour un rendez-vous chez le dentiste ?
[00:04:27] Speaker 4: Oui, ça y est, j'ai pris rendez-vous. C'est sur Doctolib, mais c'est la semaine prochaine.
[00:04:33] Speaker 2: Selon un rapport récent, les SDF ont une espérance de vie de 30 ans inférieure à la population générale.
[00:04:42] Speaker 4: Encore un an à la rue, je pense que j'aurais lâché l'affaire. J'aurais sombré. Les rencontres, l'alcool, la drogue, je suis passé par des mauvais moments. Et ça aurait pu être pire. Et je pense que si j'avais... J'aurais pas là, ici, et mes enfants, je pense que... Peut-être mort ou alors pas loin.
[00:05:05] Speaker 1: Voilà, mort ou pas loin, c'est très fort. C'est ce que dit Romain. Est-ce que c'est possible de remonter la pente après une telle vie dans la rue ?
[00:05:16] Speaker 2: Alors, vous l'avez vu avec Valérie, la descente aux enfers est beaucoup plus rapide que la remontée à la surface, si je puis dire. La réinsertion peut prendre parfois des années, parfois des dizaines d'années. Mais il y a des histoires qui se finissent bien. Le cas de Romain à la Mie de Pain, il a retrouvé une adresse, temporaire, mais une adresse quand même, une boîte postale. Il a repris le travail à mi-temps. Il est en train d'essayer, justement, de se remettre sur pied pour reprendre contact avec ses enfants, puisqu'il a deux petites filles qu'il adore. Donc, il veut se retourner à la vie normale. Pour rappel, ces associations sont financées en grande partie par les pouvoirs publics. Mais elles comptent aussi sur les mécènes, les entreprises, les dons particuliers. Donc, si on veut aider ces hommes et ces femmes sur le long terme, il faut donner aux associations qui accueillent et qui aident à retourner dans le système collectif avant de retrouver une vie normale, avant de repartir vers l'autonomie. C'est ça qu'on explique dans le 7 ans France de cette semaine.
[00:06:11] Speaker 1: Voilà, le message est lancé ici au passage. Merci beaucoup, Florence Gaillard. Un reportage tourné avec Jonathan Walsh à retrouver évidemment sur le site de France 24. On vous redonne l'adresse www.france24.com. A très vite, Florence.
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