Rising U.S.–Iran Tensions Amid Protest Crackdown (Full Transcript)

Experts warn a U.S. strike could destabilize the region, spike oil prices, and harden Iranian resolve as repression and economic crisis deepen.
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[00:00:00] Speaker 1: Les menaces sur l'Iran, donc, pour commencer, elles sont de plus en plus précises et pressantes. Donald Trump, somme Téhéran, de conclure un accord sur le nucléaire sous peine d'attaque plus grave que celle de juin dernier. « Le temps est compté », dit le président américain avant une attaque. Lui qui précise que son armada est prête, disposée et capable de remplir rapidement sa mission avec rapidité et violence si nécessaire. Je le cite évidemment. En réponse, l'Iran a également montré les dents. L'Iran qui se dit prête à dialoguer, le doigt sur la gâchette. Voilà pour ce bras de fer qui reste pour le moment psychologique, à l'heure où les témoignages nous parviennent chaque jour plus nombreux. Les témoignages des Iraniens qui nous racontent cette répression sanglante. On va s'interroger sur ce plateau. Le régime iranien est-il en train de vivre ses derniers instants ? Les Américains ont-ils vraiment l'intention d'intervenir en Iran ? Quel risque pour eux et la région ? Bonjour Sébastien Regnault et merci d'être avec nous. Vous êtes spécialiste de l'Iran, enseignant-chercheur, auteur d'un ouvrage, « La motivation ». Modernité iranienne aux éditions L'Armatan. Première question, je vais vous demander comment est-ce que vous qualifieriez cette séquence qu'on est en train de vivre. On commente un bras de fer qui reste pour le moment verbal, psychologique, même si l'on sent que chaque heure qui passe au monde d'un cran.

[00:01:11] Speaker 2: Oui c'est ça, c'est un petit peu la technique, la diplomatie du cow-boy de Donald Trump. C'est-à-dire qu'il fait toujours monter un petit peu les enchères et puis à la fin il s'ajuste. On a vu la même chose avec le Groenland. Il était question qu'il prenne de force le Groenland. Et puis les Européens ont bien montré aux Etats-Unis qu'il ne se laisserait pas faire. Et puis il est revenu un petit peu sur ses pas. Même en politique intérieure, à Minneapolis, il a voulu montrer les muscles et puis il s'est retiré de Minneapolis quand il voit que ça dégénère un petit peu. Donc ça fait partie aussi de la stratégie de Donald Trump de toujours montrer les muscles. C'est quelqu'un qui fait du bluff, qui joue au poker. Donc il veut montrer son rapport de force et inévitablement...

[00:01:50] Speaker 1: C'est un coup de poker auquel on assiste vraiment. Il y a quand même un porte-avions qui a été déployé dans le golfe de Persique.

[00:01:55] Speaker 2: On est encore dans le jeu de poker. C'est histoire de montrer sa puissance, histoire de montrer ses armes, toute sa puissance, sa capacité à déployer des navires, des avions, etc. Un langage martial, etc. Mais j'aimerais... Et puis évidemment, ils sommes les Iraniens de négocier sur le nucléaire iranien. Mais je rappelle à toute fin utile que c'est lui-même qui a rompu l'accord qui existait du nucléaire iranien il y a 10 ans, en 2015, en 2017. Enfin, il y a... Il y a un peu moins de 10 ans.

[00:02:27] Speaker 1: C'est l'étant Barack Obama.

[00:02:28] Speaker 2: Voilà. Donc en fait, si vous voulez, c'est toujours... On est un petit peu subjugué par cette diplomatie américaine néo-conservatrice qui est assez proche d'un impérialisme pétrolier, militaire, etc. On l'a vu au Venezuela. Il s'agit de prendre possession des ressources des pays. Et là, il n'y a plus aucune règle du jeu. Il n'y a que le rapport du force qui compte. Prendre les minerais, prendre le pétrole et le gaz. L'Iran, c'est la deuxième réserve de gaz. C'est la troisième réserve de pétrole au monde. L'idée derrière cette idée néo-conservatrice un peu impérialiste et militaire, il y a aussi cette volonté de contenir l'influence de la Chine. Donc, vous voyez, il y a plusieurs niveaux de lecture. Il y a le niveau de la stratégie globale des Etats-Unis qui sont dans une espèce de conquête du monde un peu impérialiste autour du militaire. C'est un petit peu ce qu'on avait vu d'ailleurs à l'époque de George Bush. C'est les mêmes acteurs, même s'ils sont un petit peu adoptés. Mais la grande différence avec l'époque, c'est que Donald Trump a bien dit pendant toute sa campagne, et ça je crois que c'est qu'il ne veut pas de guerre à l'étranger. C'est-à-dire qu'il veut pouvoir prendre le contrôle des ressources, prendre le pouvoir dans la plupart des régions du monde. Mais est-ce qu'il sera prêt à engager une armée ? A mon avis, il a aussi énormément à perdre dans ce type d'aventure. Car finalement, qui serait bien ? Éclairer, de savoir quelles seraient les conséquences d'une attaque.

[00:03:58] Speaker 1: Alors c'est justement, on va les aborder dans quelques instants parce qu'il y aurait effectivement des conséquences. Il y a beaucoup d'acteurs dans la région qui préviennent du risque de chaos et de généralisation en cas d'intervention américaine. Et on peut même se reposer sur le passé, sur ce que les Américains ont fait dans le passé ailleurs pour voir les enjeux d'une éventuelle intervention. Vous nous dites, si je devais résumer, finalement, la méthode, on la connaît, la méthode Trump, il sort les muscles. Donc, il ne va pas passer à l'action. Moi, c'est ça que j'entends à demi-mot. Il y a d'autres observateurs. On avait sur ce plateau David Régoulerose, il y a deux jours, qui nous disait, OK, on connaît la méthode. Et en même temps, on est tenté de se dire, peut-être que là, ce n'est pas du bluff quand même. Déplacer une telle armada, ce porte-avions, cette escorte qui l'encadre jusqu'aux portes de l'Iran, il ne ferait pas tout ça pour rien. Il pourrait quand même passer à l'action, Trump.

[00:04:49] Speaker 2: Moi, je vais vous dire, ma position aujourd'hui, c'est que je ne pense pas qu'il commettra cette erreur. Parce que je pense que ce sera une grosse erreur. Je crois qu'il est assez soucieux des problèmes de chômage aux Etats-Unis. Et le cours du baril de pétrole, vous avez vu, depuis quelques semaines, là, commence à augmenter. Qui vient de franchir les 70 dollars. Voilà, c'est ça. Donc, une tension contre l'Iran. Enfin, s'il y a le déclenchement d'hostilité contre l'Iran, donc personne n'est capable de mesurer les conséquences. Parce que l'Iran, c'est un pays de 90 millions d'habitants. Pour vous donner un ordre d'idée, c'est trois fois plus que l'Irak. Donc, c'est la somme de l'Irak, de l'Afghanistan et de l'Arabie Saoudite ensemble. Donc, si vous voulez, on est à des échelles de grandeur et à des échelles qui sont complètement impossibles à générer, à évaluer. Et puis, c'est une région, évidemment, extrêmement pétrolifère. Et quand vous voyez le point de vue des Émirats Arabes Unis, de l'Arabie Saoudite, du Qatar, de la Turquie, ils sont tous contre une intervention militaire américaine.

[00:05:52] Speaker 1: La Turquie qui s'est proposée en médiatrice ce matin et qui, en même temps, dit qu'elle sécurise sa frontière au cas où.

[00:05:58] Speaker 2: Voilà, c'est ça. En fait, il faut trouver des médiateurs. Parce que, si vous voulez, c'est ce règlement par la guerre de tous les problèmes de toute cette région. On a vu ce que ça a donné en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Liban, en Libye, oui. Et on a eu une déstructuration totale de la région. Quand je lis ce que disent les chercheurs sur l'Iran aux États-Unis, ils nous parlent de l'Iran comme d'un État en faillite. Mais les États en faillite, ils sont en Irak, en Syrie et en Libye, après des interventions militaires extérieures. Et qu'est-ce qui va se passer après ? Parce qu'un changement de régime, si vous voulez, on est tous bloqués. Et ça, il y a une espèce de blocage depuis 25 ans sur cette phrase « changement de régime ». La question n'est pas de savoir quel changement de régime. Pourquoi ? C'est après, qu'est-ce qu'on fait ? Quel régime ensuite ? Et là, on est devant une feuille blanche. C'est-à-dire qu'il n'y a pas le début du commencement d'une idée sur ce que peuvent vouloir les Iraniens par la suite.

[00:07:04] Speaker 1: On va justement leur poser la question en la personne de Siavoj Gazi, qui est notre correspondant à Téhéran et qu'on a la chance de pouvoir joindre depuis quelques jours. Bonjour Siavoj, j'imagine que vous avez entendu les commentaires qu'on faisait ici en plateau. Alors déjà, j'aimerais qu'on revienne un petit peu. En arrière, on a appris ce matin qu'à la télévision d'État, il y avait des images qui tournaient en boucle, des annonces qui étaient faites à la population, notamment le chef de l'armée qui dit « voilà, on se tient prêt à riposter en cas de besoin ». Les Iraniens sont convaincus aujourd'hui que les Américains vont frapper ou pas ?

[00:07:38] Speaker 3: La plupart des gens que j'ai interrogés ces derniers jours sont persuadés qu'il y aura une attaque américaine dans les prochains jours ou les prochaines semaines. C'est le sentiment qu'on avait. Donc jusqu'à ce matin, beaucoup de gens disent qu'en fait les États-Unis n'ont pas déplacé autant de forces armées pour rien. Parmi les gens qui ont manifesté depuis un mois, certains l'espèrent, mais d'autres craignent des conséquences très importantes. Alors ce qu'il faut savoir, c'est que depuis ce matin, en fait depuis hier et avant-hier, il y a eu des mouvements diplomatiques, des contacts entre l'Iran. Les pays voisins, l'Arabie saoudite, le Qatar, l'Égypte, même la Kurdie, l'Irak, les Émirats arabes unis, Oman, qui sont tous des alliés des États-Unis pour essayer de faire des escalades et éviter donc une guerre qui pourrait avoir des conséquences très dures. On a appris ce matin que le ministre iranien des Affaires étrangères se rendait demain en Turquie pour parler avec les autorités turques. Il propose de jouer les médiatures. Il propose de jouer les médiatures entre l'Iran et les États-Unis pour essayer de les réunir autour d'une table de négociation. Mais le problème pour le pouvoir iranien, en tout cas, c'est que les conditions posées par Donald Trump pour des négociations sont considérées par l'Iran comme un diktat. C'est-à-dire que l'Iran doit renoncer à son programme d'enregistrement d'uranium et son programme nucléaire sur lequel l'Iran a dépensé des milliards et des milliards de dollars plus de 25 ans maintenant. Et puis limiter considérablement la portée de ses missiles, donc la portée maximale des missiles iraniens est de 2 000 kilomètres. Donc ces missiles peuvent atteindre Israël. Donc les États-Unis demandent que la portée de ces missiles soit réduite à 500 kilomètres ou 400 kilomètres. Donc les autorités iraniennes disent qu'en fait c'est empêcher l'Iran de se défendre en cas de nouvelles attaques israéliennes. Donc les négociations... Même s'ils ont lieu, seront difficiles à cause des conditions posées par les États-Unis pour des négociations et un accord sur le cœur.

[00:10:00] Speaker 1: Ça c'est pour l'aspect évidemment diplomatique, l'état des échanges là au moment où l'on se parle. J'ai envie de commenter ce qui se passe derrière vous, Siavosh, parce qu'on a la chance de vous voir avec cette image de Téhéran derrière vous. Vous êtes positionné en place d'un important carrefour en plein cœur de la capitale où on voit les véhicules. Les véhicules circulés, la vie qui a repris son cours quasiment normalement. Parlez-moi des Iraniens, s'il vous plaît, Siavosh, à l'heure où on a des témoignages qui nous arrivent chaque jour plus nombreux parce que le blackout numérique a été progressivement levé. Les Iraniens, ils sont dans ce questionnement, frappe américaine ou pas, ou ils sont dans tout autre chose ? On est encore en train de parler de la répression, non ?

[00:10:44] Speaker 3: Non, on parle... En fait, c'est les deux sujets qui reviennent dans toute la conversation. C'est passé depuis un mois, les vidéos qu'on a pu voir ici à travers les télévisions qui sont diffusées sur satellite, les télévisions Persan, la télévision Persan, Iran International, qui ont diffusé de nombreuses images, de nombreuses vidéos de ces morts d'il y a Téhéran en province, mais aussi des témoignages de deuil des familles qui enterrent leurs jeunes. Donc, tout le monde a toutes ces images à l'esprit. Il y a beaucoup... Quand on parle... Quand on parle aux gens, les mots qui reviennent, c'est d'abord une immense tristesse et ensuite une immense colère par rapport à ce qu'on a vécu depuis un mois, un peu plus d'un mois. Mais en même temps, l'autre sujet qui revient dans les conversations, c'est la possibilité d'une attaque américaine. La situation économique est déjà particulièrement difficile et beaucoup de gens disent que si, en plus de ce qu'on a pu vivre depuis maintenant six mois à un an, c'est-à-dire une chute considérable de la valeur de la monnaie iranienne, une inflation qui touche de plein souhait les classes pauvres et les classes moyennes, une inflation qui dépasse 60 %, mais en réalité, c'est plus de 100 %, voire 200 % pour certains produits de consommation courante. Donc, si dans ces conditions-là, où la vie est déjà très difficile, en plus, il y a une guerre, ça va être la catastrophe. Le commerce, l'économie iranienne est complètement paralysée à cause... de ces menaces d'intervention américaines. J'étais, il y a deux jours, au Grand Bazar de Téhéran, et là, il y avait du monde, mais pas le monde qu'on a l'habitude de voir à cette période de l'année, où les commerçants font leurs affaires. La principale, la plus grosse partie de leurs revenus vient à cette période de l'année. On est à moins de deux mois du nouvel an iranien, et ils doivent vendre beaucoup de produits à des commerçants à Téhéran, mais aussi en province. Et tous se disaient qu'en fait, ces rumeurs, ces informations sur l'intervention américaine, c'est le coup de grâce pour l'économie iranienne, donc qui est complètement paralysée à cause de l'inflation, à cause des menaces de guerre, à cause des manifestations qu'on a pu voir ces dernières semaines.

[00:13:08] Speaker 1: Merci beaucoup, Siavosh, en direct de Téhéran, en plein cœur de cette capitale. Elles sont importantes, ces images, à l'heure où on continue de diffuser et de montrer les images de la répression, ces nuits. Du 8, du 9, du 10 janvier. Et pour cause, on commence seulement à percevoir l'ampleur de ce massacre, on va l'appeler comme ça. On va le voir dans quelques instants, mais j'aimerais que vous commentiez ce que vient de dire Siavosh. La contestation, elle a démarré sur le motif économique, et finalement, ce qu'il est en train de nous dire, quoi qu'il se passe, intervention américaine ou pas, le sujet sera toujours là, et ça pourrait même ne faire que s'empirer.

[00:13:42] Speaker 2: C'est ça, c'est qu'en fait, il n'y a pas de sortie de crise. Mais moi, vous savez, je suis ce dossier depuis 25 ans. À chaque fois qu'il y a eu une porte de sortie, à chaque fois qu'il y a eu le début du commencement d'une ouverture de l'Iran et d'une reprise des relations économiques entre l'Iran et le reste du monde, il y a les ultras qui ont rompu les négociations. Parce que si vous voulez, dans la région, notamment l'Arabie Saoudite et Israël, c'est ni bombe ni ouverture de l'Iran. Parce que l'Iran, c'est 90 millions d'habitants. Le jour où l'Iran s'ouvre, et s'ouvre véritablement, comme tout le monde pourrait peut-être un peu l'espérer, et les Iraniens le premier, ça va devenir très vite une des premières puissances économiques du monde. Parce que là, on a affaire à un pays de 90 millions d'habitants, qui a une ressource humaine extraordinaire, puisque c'est une société extrêmement bien éduquée, extrêmement bien formée, etc. Et puis, qui dispose de ressources aussi extraordinaires. Donc, si vous voulez, c'est là où... Et c'est ce qui s'est passé, si vous voulez. Quand il y a eu la signature de l'accord sur le nucléaire, le nucléaire iranien, le monde entier a frappé des mains. Tout le monde était extrêmement heureux de Paris, Londres, Berlin, Pékin, partout, à Washington, etc. Il y a deux pays dans le monde qui se sont opposés à cet accord, c'est l'Arabie Saoudite et Israël. Et si vous voulez, ce sont ces deux pays qui ont convaincu Donald Trump de rompre cet accord. Parce que pour eux, j'allais dire même presque au-delà du régime, c'est l'ouverture de l'Iran qui leur pose problème. Car ils vont devenir aussi un peu des satellites de cet énorme pays dans la région.

[00:15:28] Speaker 1: Parallèlement, on se voit se faire qu'il est en train de se jouer entre Téhéran et Washington. Il y a les Européens qui viennent s'en mêler, les ministres européens des Affaires étrangères qui sont réunis aujourd'hui à Bruxelles, l'Union Européenne qui pourrait, à cette occasion, et qui sûrement va le faire d'ailleurs, décider d'ajouter les gardiens de la révolution à la liste des organisations terroristes de l'UE. Je vous propose d'écouter tout de suite la chef... Thomasie Européenne-Kayakalas, elle mettait en garde dès ce matin. Écoutez.

[00:15:53] Speaker 4: Nous ajoutons de nouvelles sanctions à la liste.

[00:15:57] Speaker 5: Et je m'attends également à ce que nous inscrivions les gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes. Cela les mettra sur un pied d'égalité avec Al-Qaïda, le Hamas et Daesh. Si vous agissez comme un terroriste, vous devez également être traité comme tel. Ce que nous voyons est clair. Le bilan des manifestations... Les manifestations en Iran et les mesures prises par le régime sont vraiment très sévères.

[00:16:23] Speaker 4: C'est pourquoi nous envoyons également un message clair. Si vous réprimez le peuple, cela aura un prix et vous serez également sanctionné pour cela. Il y a un prix et vous serez aussi sanctionné pour cela.

[00:16:43] Speaker 1: Ajouter le bras armé idéologique du régime iranien aux côtés de branches comme le Hamas ou Al-Qaïda, ça changerait quoi concrètement demain pour l'Iran et les Iraniens ?

[00:16:52] Speaker 2: Ça va un petit peu encore ajouter une pression. Et puis ce sera un levier pour la suite pour pouvoir établir des relations diplomatiques. C'est toujours la question. C'est qu'en fait, chacun... Quand il n'y a pas de relations diplomatiques, c'est là où toute cette région du monde pâtit de l'absence totale d'une politique française dans la région, d'une politique européenne dans la région. Maintenant, on est un petit peu à la remorque des Etats-Unis. Et on n'a pas de discours véritablement différent de ceux des Etats-Unis. Moi, je me souviens que j'étais... Enfin, toutes les années, j'ai passé plus de 15 ans en Iran. Toutes les années où j'étais en Iran, la France avait un rôle absolument majeur dans toute cette région. C'était la France. D'ailleurs, tout passait par la France dans toute cette région. C'est-à-dire que...

[00:17:35] Speaker 1: La position française est un peu délicate aujourd'hui. On a encore deux Français qui sont à l'ambassade de Téhéran.

[00:17:40] Speaker 2: Voilà, mais en fait, c'est parce qu'il y a aussi... Il y a eu un changement de politique de... La politique de la France jusqu'à Jacques Chirac était très simple. C'était ni Perse ni Aram. Ni Chiite, ni Sunnite, ni Israël, ni Palestine. On était capable de parler à tout le monde. Bon, à partir de l'élection de Nicolas Sarkozy, il y a eu une radicalisation vers... Ce que j'appelle une salafisation de notre politique étrangère vers l'Arabie Saoudite et le Qatar. On a complètement abandonné l'Iran. Et on s'est beaucoup rapproché d'Israël. Du coup, la France, qui avait un rôle de médiateur dans toute cette région du monde, qui était capable de discuter avec tout le monde, contrairement aux Etats-Unis, elle a perdu ce rôle de médiateur. Et comme la France avait... Elle a toujours eu un rôle absolument majeur en Europe, eh bien, plus personne n'a ce rôle-là. Alors, les sanctions contre les gardiens de la Révolution, oui, ça va pénaliser les gardiens de la Révolution dans tous les avoirs qu'ils ont en Europe. Mais ils ont des avoirs un petit peu partout dans le reste du monde.

[00:18:32] Speaker 1: On parlait tout à l'heure de régimes qui chutent. Au début de cet entretien, comment est-ce qu'on fait tomber un régime ? On se souvient que Donald Trump, il y a quelques jours, a essayé de souffler sous les braises, appelant les manifestants à se saisir des institutions, comme un coup de force.

[00:18:47] Speaker 2: Voilà, en fait, c'est une très grande imprudence de la part des Etats-Unis et d'Israël d'avoir poussé les manifestants et surtout de leur avoir dit « On va vous aider à changer le régime ». Les renforts arrivent. C'était les mots de Donald Trump. Parce qu'à partir de ce moment-là, la nature des manifestations pour le régime, là, j'essaie de rentrer un peu dans la psyché du régime, était de nature complètement différente. Ce n'étaient plus des manifestations irano-iraniennes plus ou moins légitimes. Ça devenait une ingérence internationale, une tentative de coup d'État, organisée par les Etats-Unis et Israël. Donc, ils ont mis en danger les Iraniens. Et le bilan catastrophique est aussi un petit peu lié à cette question-là.

[00:19:26] Speaker 1: C'est comme ça que sont qualifiés aujourd'hui les Iraniens qui sont tombés pendant cette contestation, ou les dizaines de milliers d'Iraniens qui sont actuellement dans les geôles iraniennes. On n'a pas les chiffres exacts, mais on sait que c'est colossal. 40 000, 50 000 personnes interpellées en un mois, accusées d'être des terroristes à la seule, notamment de Washington.

[00:19:46] Speaker 2: Voilà. En Iran, il y a tout un vieux contentieux qui dure depuis, j'allais dire, une centaine d'années sur les ingérences étrangères. Il y a une espèce de paranoïa sur tout ce qui relève des ingérences étrangères. Et donc, c'est là où, je pense, les Américains et les Israéliens, en disant, avant même les manifestations, ce qui était... Vous voyez, au Venezuela, ils n'ont rien dit avant le coup d'État. Ils ont déclaré, après le coup d'État, qu'ils avaient organisé un coup d'État. Avant les manifestations. Ils ont dit aux Iraniens qu'ils allaient les aider à prendre le pouvoir en Iran. Ils ont mis les Iraniens en première ligne. Et finalement, toute la sauvagerie qui s'est abattue sur le peuple iranien est liée aussi à cette question-là. Et c'est là où l'imprudence absolument dantesque de Washington dans toute cette région est perceptible dans ces questions-là. L'Iran a vécu un coup d'État en 1953 organisé par les États-Unis. En 1950. En 1953. Qui s'est transformé en dictature militaire à l'époque. C'est encore extrêmement vivant dans la psyché iranienne. Et là, ils ont joué... Ils ont rajouté de l'huile sur le feu. Et pour un changement de régime, vous savez, le régime ne va pas changer comme ça. Même s'il est très minoritaire, extrêmement minoritaire par rapport à une grande partie de la population qui en a marre, etc. C'est quand même un régime qui a des bases sociales. Et regardez ce qui s'est passé en Irak, en Syrie, etc. Les pouvoirs ne sont pas tombés comme ça. Moi, je crois qu'une seule chose, c'est au peuple iranien. Je pense que c'est au peuple iranien... Qui est en état de choc pour le moment.

[00:21:30] Speaker 1: Le peuple iranien qui est encore en train de chercher des proches disparus depuis le début de la contestation.

[00:21:35] Speaker 2: Et c'est ça. Et ils ressentent un petit peu aussi les jeux américains comme des formes de soutien-trahison, soutien-trahison. C'est-à-dire qu'ils ne savent même plus eux-mêmes sur quel pied danser par rapport à... Ça, c'est une réalité.

[00:21:46] Speaker 1: On nous en a témoigné à plusieurs reprises sur cette antenne. Les Iraniens, quand ils descendaient dans la rue, ils s'attendaient à ce que les Américains leur viennent en aide. Ils sont toujours dans l'attente aujourd'hui.

[00:21:58] Speaker 2: Il y a vraiment une imprudence totale du côté de Washington. Et c'est les Iraniens qui sont en première ligne et qui en subissent les frais. C'est-à-dire que là, les Iraniens, vous savez, les Iraniens sont des gens très patriotes, sont des gens qui peuvent détester le régime, mais qui ont un très fort patriotisme. Et qui seront toujours très attachés à leur pays. Et la question est de savoir aussi, c'est à partir du moment où les Etats-Unis, s'ils attaquent le régime, ils vont attaquer l'Iran. Et donc, ils vont s'en prendre à l'intégrité et à la souveraineté nationale. Donc, des gens qui peuvent être contre le régime, peuvent être aussi contre des interventions extérieures. Vous pensez qu'il y a un risque que ça ressoude des opposés ? C'est ce qui se passe en chaque instant. C'est-à-dire, vous savez, pendant la guerre, quand Saddam Hussein a attaqué l'Iran, des chrétiens iraniens, des juifs iraniens, des chrétiens iraniens, des chrétiens iraniens, des euro-astriens iraniens, sont allés défendre l'Iran. Et pourtant, ils n'avaient absolument aucune accointance avec le régime islamique. C'est la question de l'intégrité territoriale et de la souveraineté du pays. Donc, voilà, il y a de tout, un petit peu, dans un pays de 90 millions d'habitants. Il y a tous les avis qui sont possibles. Moi, ce que j'espère, enfin, moi, c'est ce que j'écris depuis longtemps, c'est-à-dire que cette république islamique se transforme progressivement en république iranienne. Avec une république iranienne qui sera... Qui travaillera pour le peuple et par le peuple.

[00:23:18] Speaker 1: Moderne, c'est comme le titre de votre livre. J'aimerais, vous qui connaissez bien ce pays, pour y avoir vécu de longues années, que vous commentiez ce chiffre, ou en tout cas plutôt ces chiffres, parce qu'ils sont évolutifs encore au moment où l'on se parle. On en est à 30 000 morts selon l'ONG Rana, qui est assez crédible, mais ça pourrait être même au-delà de tout cela, 30 000 morts dans une répression comme celle-ci, en quelques jours seulement. On parle de 2-3 jours de répression.

[00:23:42] Speaker 2: Oui, oui, ça a été... Parce que c'est l'une des répressions les plus sanglantes de ce siècle-là. Ah oui, c'est certainement l'une des plus sanglantes. De l'histoire contemporaine iranienne, il faut s'imaginer qu'il y avait plusieurs millions de gens dans les rues. C'était vraiment des énormes manifestations. On n'a pas eu l'idée vraiment de ce que ça peut être en France, mais c'était vraiment énorme. Sans doute qu'il y avait énormément de colère de tous les côtés, donc beaucoup de violence de tous les côtés. Qui est toujours là, c'est à dire que je le disais à l'instant. Voilà, il y a de la colère. Et puis c'est une population jeune, qui veut aussi 35 ans de moyen âge, qui veut en découdre. Et c'est sûr que c'est des... Alors, le bilan, on mettra beaucoup. Deux semaines et peut-être plusieurs mois avant de savoir définitivement qu'est-ce qu'il en est. Et puis voilà, ça va de rapport 1 à 10. Alors vous voyez, c'est difficile de se faire une estimation, mais c'est clair qu'il y a eu beaucoup de morts et que les Iraniens sont meurtris. Et maintenant, vous savez...

[00:24:31] Speaker 1: Et que le régime est aux abois aussi peut-être ?

[00:24:33] Speaker 2: Le régime, vous savez, c'est des ultras. Donc il y a... Quand on répond aussi fort. Voilà, c'est à dire qu'ils ont été capables de procéder à ce genre de répression. Donc je vous dis, c'est un pays qui a... Qui a subi un million de morts pendant la guerre et en Irak, pour défendre le pays. Donc c'est des gens qui peuvent se dire qu'ils n'ont rien à perdre et qui sont prêts à mourir pour le pays. Donc ça pose un problème énorme pour notamment, à mon avis, l'administration américaine. Moi, là, on fait tous des scénarios un peu apocalyptiques, mais je crois que le bon sens et la raison reviendra à une espèce de relation, de dialogue. Je crois que c'est ce qu'il y a de mieux autant pour les Iraniens que pour le reste du monde.

[00:25:16] Speaker 1: Plus apaisé. Donc merci beaucoup Sébastien Regnault pour cette analyse. Vous étiez l'invité de l'Info du jour, je rappelle votre ouvrage La modernité iranienne aux éditions L'Armatan. Merci d'avoir été avec nous. Merci. Restez à nos côtés quant à vous. L'Info se poursuit dans ce Paris Direct. On se retrouve dans quelques instants pour le journal.

ai AI Insights
Arow Summary
The transcript discusses escalating U.S. threats toward Iran under Donald Trump, framed as a psychological ‘poker’ strategy backed by military deployments. An Iran specialist argues Trump is likely bluffing because a war would be a major strategic and economic mistake, potentially spiking oil prices and destabilizing the region. A correspondent in Tehran reports public fear of imminent U.S. strikes alongside deep anger and mourning over a bloody crackdown on protests, amid severe inflation and economic paralysis. The conversation highlights regional actors seeking de-escalation, skepticism about ‘regime change’ without a post-change plan, and concern that external calls for uprising may have increased the regime’s repression by feeding narratives of foreign interference. European leaders consider adding Iran’s Revolutionary Guards to the EU terrorist list, which would raise pressure but may further reduce diplomatic room. Overall, speakers stress that Iran’s internal crisis and external confrontation intertwine, and warn that military intervention could unify Iranians against foreign attack and produce chaos similar to Iraq, Syria, or Libya.
Arow Title
U.S.–Iran Brinkmanship, Protest Crackdown, and Risks of War
Arow Keywords
Iran Remove
United States Remove
Donald Trump Remove
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EU sanctions Remove
protests Remove
repression Remove
regime change Remove
regional diplomacy Remove
Turkey mediation Remove
oil prices Remove
inflation in Iran Remove
Arow Key Takeaways
  • Trump’s Iran threats are portrayed as coercive brinkmanship; an expert argues he often escalates rhetorically then adjusts.
  • A U.S. attack on Iran is presented as highly risky due to Iran’s size, regional entanglements, and oil-market impacts.
  • Iranian society faces dual pressures: mourning/anger over a deadly crackdown and fear of looming external strikes.
  • Regional U.S. partners (Turkey, Gulf states) reportedly favor de-escalation and mediation to avoid wider conflict.
  • Calls for ‘regime change’ lack a credible ‘day-after’ plan and could worsen chaos, as seen in Iraq/Syria/Libya.
  • External encouragement of protests may have reinforced the regime’s foreign-interference narrative and intensified repression.
  • EU consideration of listing the IRGC as a terrorist organization would increase pressure but may constrain diplomacy.
Arow Sentiments
Negative: The tone is tense and alarmed, emphasizing threats of military action, severe domestic repression, economic hardship, and the potentially catastrophic consequences of war and destabilization.
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