[00:00:00] Speaker 1: ... Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette édition consacrée à la colère des femmes. En anglais, elle porte un nom particulier, la rage féminine. Mais bien souvent, cette colère est associée au terme hystérique, folle, quand chez les hommes, elle est plus fréquemment exprimée et bien davantage acceptée par la société. Alors, d'où vient cette rage ? Comment s'exprime-t-elle ? Et quelle évolution a-t-elle dans nos sociétés ? On en parle avec notre invitée, Marion Ollité. Bonjour. Vous êtes journaliste, spécialiste de la pop culture et vous signez cet ouvrage, La revanche des hystériques dans la pop culture. C'est aux éditions Le Duc. Merci d'être avec nous. La colère des femmes est souvent perçue comme honteuse, pourquoi cette rage contre la colère des femmes ?
[00:00:59] Speaker 2: Je pense que la colère est en effet une émotion un peu interdite aux femmes et que ça trouve ses racines dans les stéréotypes de genre, quelles sont les qualités qui seraient intrinsèquement féminines d'un côté et masculines de l'autre. On attend beaucoup des femmes, qu'elles soient douces, qui évoluent dans le registre de la passivité, qu'elles prennent soin des autres, qu'elles soient belles et têtoies. Têtoie, donc n'exprime pas ta colère. Alors que du côté des hommes, la colère va même être quelque chose de presque récompensé. Quand je pense aux hommes politiques dans notre société française, par exemple, Emmanuel Macron a été élu après un Tony Truant, c'est notre projet, il a mis en avance sa colère et il a été élu président de la République. On a aussi à gauche Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy aussi. Quand il est attaqué, il réagit en parlant d'indignité. Il y a quelque chose de noble dans la colère masculine, alors que la colère féminine est perçue comme une instabilité de la personne, et c'est profondément injuste, mais ces stéréotypes de genre, les féministes les combattent depuis pas mal de temps, mais on doit encore continuer.
[00:02:05] Speaker 1: Ca reste rare de voir l'expression de la colère féminine en public. Il y a quand même quelques opportunités de le faire. Mélina Huet a enquêté pour nous.
[00:02:15] Speaker 3: Musique douce Vous en avez peut-être rêvé, particulièrement si la période est compliquée.
[00:02:22] Speaker 1: Coup de feu
[00:02:24] Speaker 3: Tout détruire...
[00:02:26] Speaker 1: Coup de feu
[00:02:27] Speaker 3: ...de vos propres mains...
[00:02:29] Speaker 4: ... Un, deux, trois...
[00:02:32] Speaker 1: ...
[00:02:34] Speaker 3: ...sans pour autant commettre d'infractions ni blesser qui que ce soit.
[00:02:38] Speaker 1: Coup de feu ...
[00:02:41] Speaker 2: Vous pensez à quoi quand vous faites ça ?
[00:02:43] Speaker 1: A nous ?
[00:02:44] Speaker 2: Tout ce qu'on n'a pas ? Toutes les propres usages ? Tous ? Un, deux... ...
[00:02:51] Speaker 1: Coup de feu ...
[00:02:56] Speaker 4: Ouh . On a tout cassé.
[00:02:59] Speaker 1: Coup de feu ...
[00:03:01] Speaker 3: Ici, la majorité des clients sont des clientes.
[00:03:04] Speaker 1: ...
[00:03:05] Speaker 5: Faites attention. ... A faire, c'est super pour les femmes. Il faut pour les femmes, pour toutes les femmes. On a tous des problèmes. Ca, meilleure solution.
[00:03:17] Speaker 2: Autant taper sur des écrans, des radiateurs que sur des têtes.
[00:03:21] Speaker 4: Donc, voilà.
[00:03:22] Speaker 3: ... Ce n'est pas Zava qui dira le contraire. Cette psychologue organise parfois des séances de thérapie mixte. Regardez la transformation.
[00:03:32] Speaker 4: Vous avez vu ?
[00:03:33] Speaker 3: ...
[00:03:34] Speaker 1: ...
[00:03:35] Speaker 3: Des sessions qui mêlent parole et défouloir.
[00:03:38] Speaker 1: ...
[00:03:40] Speaker 3: Comme avec une patiente adolescente et sa mère.
[00:03:43] Speaker 1: ... Pas mal, pas mal.
[00:03:45] Speaker 5: On a dissocié les femmes de leur colère. Une femme doit être douce, fragile. Dans une société où la colère féminine n'est jamais accueillie, jamais comprise, au moins, il y a un endroit où on a le droit, c'est fait pour ça. J'ai beaucoup plus de femmes patientes avec qui je suis venue. Les hommes y vont tout de suite, alors que les femmes, il faut que je leur montre. Allez, on y va . Coup de feu Même si on paye, même là, elles osent pas, parce que c'est pas féminin, parce que c'est transgressif. On transgresse le système patriarcal, le conditionnement féminin, on transgresse tout, en fait.
[00:04:22] Speaker 1: Coup de feu
[00:04:23] Speaker 3: Cet enseignement tiré, il est temps pour nous aussi de transgresser dans les limites imposées par la loi, bien entendu. Coup de feu
[00:04:32] Speaker 1: Marion Olliter, il y a un côté jouissif à se laisser aller, à tout détruire pour les femmes.
[00:04:37] Speaker 2: Oui, c'est sûr que c'est tellement interdit. On nous apprend, depuis qu'on est toutes petites, à ravaler notre colère, et on l'emmagasine, parce que dans notre vie, on rencontre en tant que femmes, à cause du fait qu'on est des femmes d'injustice, qu'à force, on est déconnectés de notre colère, et moi, j'ai rencontré beaucoup de femmes qui l'a nie, et c'est pas bon, parce qu'à force, à force, à force, ça finit peut-être par sortir de manière complètement spectaculaire. Et c'est vrai que cette idée de se réunir, éventuellement, entre femmes, et de pouvoir lâcher sa colère et en même temps parler, ça fait un peu rêver, il y a une forme de catharsis, parce que la colère rentrée en soi, ça peut créer aussi, derrière, des problèmes physiques pour les femmes, parce que tout est lié. Quand elles n'expriment pas leur colère, du coup, c'est des émotions qu'elles peuvent retourner
[00:05:28] Speaker 1: contre elles-mêmes. Vous mentionniez les explosions de colère incontrôlée quand on a trop accumulé. Ca a beaucoup été représenté de cette manière-là dans les films, les livres, les séries, et ces personnages féminins, pendant très longtemps, c'étaient les méchantes.
[00:05:43] Speaker 2: Oui, totalement, parce qu'il ne faut pas oublier que la majorité de la culture de ce qu'on voit, les films et les séries, ont été imaginés par des artistes masculins. C'est un regard masculin qui irrigue toute la pop culture. Dès les débuts du cinéma, dans les années 40, on a des archétypes de méchantes comme la femme fatale, la vamp, et puis qui sont eux-mêmes hérités de la mythologie grecque, avec des femmes fatales comme Circé, comme Médée, comme Méduse aussi. En fait, c'est des personnages qui ont évolué avec le temps. Moi, j'ai grandi avec des personnages féminins qui ont un peu plus le droit à la rage, mais c'est vrai que ça reste extrêmement rare. Ils ont toujours été un peu racontés de la même manière. On a vu un changement ces dernières années, parce que des artistes féminines ont eu le droit de prendre la caméra un peu plus et de raconter une rage féminine qu'elles ont vécue de l'intérieur.
[00:06:35] Speaker 1: Parmi ces artistes, il y en a qui le disent et qui l'expriment et qui appellent d'autres à le faire. Je vous propose qu'on écoute la chanteuse Imani sur ce sujet. Son dernier album s'intitule Women Deserve Rage. Les femmes ont le droit à la rage. Elle est au micro de Valérie Fayolle et Pauline Allemane.
[00:06:52] Speaker 4: J'ai l'impression que la colère des femmes n'est jamais adressée, car c'est une émotion auxquelles on n'a pas le droit. Dès qu'on est en colère, on se connecte à notre part d'ombre et les femmes doivent être parfaites, pas dérangeantes. Quand on est en colère, c'est qu'on dit non, je veux pas, qu'on n'est pas content. A ce moment-là, on dérange un peu l'ordre établi. Donc, ça s'adresse aux femmes qui devraient adresser leur colère pour aller mieux et faire en sorte qu'elles n'en meurent pas, qu'elles ne soient pas consommées.
[00:07:23] Speaker 1: Ca me fait penser à ce qu'elle dit, notamment au personnage de June dans La servante écarlate, une femme en colère qui se dresse contre le patriarcat dans son expression et qui entraîne d'autres femmes avec elle.
[00:07:35] Speaker 2: Oui, c'est vrai que c'est aussi ce que dit une grande féministe afroféministe, Audrey Lorde, en 1981, dans un discours. Elle explique que la colère est un carburant des luttes féministes et que la colère est chargée d'informations. Elle nous donne, en fait, la force de se battre pour... Voilà, pour la justice. Et, en fait, dans End Man's Tale, on assiste à une trajectoire de June hyper intéressante. Dans cette série, au départ, elle se bat pour elle-même, victime de violences horribles, dans cette société, dans ce régime autoritaire de guilléades qui a pris le pas sur les Etats-Unis, où elle a perdu le droit à disposer de son corps, où elle est violée de manière rituelle. On la voit, petit à petit, il y a une trajectoire collective. Elle va réussir à s'en sortir de ce régime grâce aux autres femmes, pas juste grâce à elle. C'est ça qui est assez beau. On assiste à des scènes de rage féminine dans cette série qui sont vraiment très rares. On voit June, dans la saison 4, se venger de son bourreau avec d'autres femmes, pareilles, réduites en esclavage sexuel. Elle court après cet homme dans la forêt. C'est des images assez subversives, qu'on a vues que dans des films qui ont fait des grandes polémiques, comme dans Le Baise-moi de Virginie Dépente au début des années 2000, ou dans Tell My Louise. Ce genre d'imagerie de femmes ensemble, déchaînée, ça fait très peur au patriarcat.
[00:08:56] Speaker 1: Pourtant, cette série a été très bien acceptée par les femmes comme par les hommes. Le fait que Me Too soit arrivé entre-temps, ça a pu jouer un rôle là-dedans ?
[00:09:05] Speaker 2: Oui, bien sûr. Handmaid's Tale, c'est un peu la série étendard Me Too. Elle arrive, je crois, en 2017. Elle s'est terminée l'année dernière. Elle a accompagné les deux mandats de Trump. Dès qu'elle arrive, il y a une énorme colère suite à tous les témoignages de violences sexistes et sexuelles à travers le monde, en particulier aux Etats-Unis. On le répète, mais Margaret Atwood, l'écrivaine qui a écrit ce roman, qui a ensuite été adaptée en série, elle l'a expliqué plusieurs fois que pour créer ce régime autoritaire horrible de Gilead, elle ne s'est inspirée que de faits historiques. Ils sont arrivés à des femmes dans différents pays du monde. C'est ça aussi qui fait que Handmaid's Tale est aussi forte. Après, si elle a été acceptée, je pense aussi, et c'est un peu le revers de la médaille, mais c'est parce que c'est une série qui fait souffrir donc c'est toujours difficile de dénoncer les violences faites aux femmes sans tomber dans le sensationnalisme.
[00:10:00] Speaker 1: On a l'impression que le couvercle de la cocotte se souleve pour que les femmes puissent exprimer cette colère, mais que c'est pas forcément égalitaire partout et par tous, ou pour toutes. Je pense, par exemple, à l'expression angry black woman, femmes noires en colère, qui a l'air de faire des femmes noires une catégorie particulière de colère.
[00:10:21] Speaker 2: Pouvez-vous nous expliquer ? En fait, globalement, c'est très mal vu qu'une femme soit en colère, mais si, en plus, elle est racisée, elle est d'origine... Elle est noire, elle est d'origine arabe, ou elle appartient à une minorité, c'est encore pire. Le trope de la femme noire en colère, il trouve son origine dans la période de la colonisation. C'est un héritage raciste, donc un préjugé envers les femmes qu'on perçoit, en fait, à l'époque de l'esclavage. On les percevait comme des femmes agressives, masculines, parce qu'elles travaillaient dans les champs avec les hommes noirs. Et en fait, elles... Oui, voilà, elles étaient perçues comme agressives. On a perpétué ça à travers des caricatures dans les minstrel shows aux Etats-Unis, au 19e siècle. Aujourd'hui, on voit des personnalités publiques encore souffrir de ce stéréotype. On a notamment la tennis-woman Serena Williams, qui, dès qu'elle demande à revoir un point à l'arbitre, on a tout de suite des photographes qui la prennent avec le visage en colère et on tombe dans ce stéréotype. Et c'est vraiment une façon de faire taire les femmes noires.
[00:11:29] Speaker 1: En tout cas, ce qui ressort de ce que vous dites, c'est que la colère est pleine de vertu parce qu'elle fait peur au patriarcat.
[00:11:37] Speaker 2: Elle fait bien bouger les choses, parce qu'à chaque fois, les représentations culturelles bougent à chaque nouvelle vague féministe. Autant les artistes masculins que les artistes féminines, finalement, voient... enrichissent la manière dont ils représentent les femmes, apportent de la nuance, elles sont moins diabolisées, on voit tout un nuancier, une palette de femmes en colère. Donc oui, je pense clairement que la colère féminine, petit à petit, grignote clairement le patriarcat.
[00:12:05] Speaker 1: Merci beaucoup, Marion Ollité, pour ces explications, cet éclairage. Je rappelle le titre de votre livre, la revanche des hystériques dans la pop culture. Le message, c'est, mesdames, acceptez votre colère, exprimez-la, c'est sain. Merci beaucoup, Marion Ollité, et merci à vous de nous avoir suivis. À très bientôt sur France 24.
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